Beyrouth fragmentation

Une lecture de l’espace métropolitain à travers la notion d’interface

Nisrine Mezher, doctorante à l’Université de Paris 1 et membre de Géographie-cités soutiendra sa thèse en géographie intitulée : Beyrouth entre Fragmentation et cohésion. Une lecture de l’espace métropolitain à travers la notion d’interface

le Mardi 18 Janvier à 9h (France) par visioconférence intégrale depuis l’Université Libanaise.

Le jury sera composé de :

Nadine Cattan, Directrice de recherche au CNRS, Géographie-cités (Directrice)
Nada Chbat, Professeure à l’Université Libanaise (Directrice)
M. Mahmoud Charafeddine, Professeur retraité de l’Université Libanaise
M. Michael Davie, Ex-Professeur émérite à l’Université de Tours, ENeC-Sorbonne
M. Eric Denis, Directeur de recherche au CNRS, UMR Géographie-cites
M. Youssef Diab, Professeur des Universités, Université Gustave Eiffel (Rapporteur)
M. Joe Moukarzel, Ex-Doyen de l’Université Antonine (Rapporteur)

Résumé

Cette thèse interroge les dynamiques territoriales et socio-spatiales de l’agglomération de Beyrouth, en partant de lieux chargés de symboliques et de significations fortes pour comprendre comment se déploient les individus dans la ville. Elle porte le regard sur un espaceconstituant une interface entre trois quartiers de la ville dont les composantes communautaires, religieuses et politiques sont bien identifiées. En privilégiant une approche relationnelle, où les mobilités et les pratiques spatiales sont au centre de l’observation du fonctionnement de l’espace, cette thèse fait l’hypothèse que l’interface produit des systèmes territoriaux originaux de contact, ainsi que des lieux et des moments de rencontres inattendues, qui contestent les représentations de fragmentation et d’enclavement qui prédominent dans les rhétoriques de la ville de Beyrouth.

En croisant des perspectives disciplinaires variées en géographie, aménagement, architecture et sociologie, cette thèse croise plusieurs méthodes qualitatives comme l’observation directe, indirecte et participante des lieux, des enquêtes par questionnaires et des entretiens approfondis auprès des usagers de cette interface. Elle montre comment les actions des différents acteurs institutionnels, publics et privés reconfigurent l’espace et inscrivent (ou non) dans son univers matériel (la sémiotique urbaine essentiellement) et idéel (les récits municipaux fédérateurs) des marquages identitaires, communautaires et un ordre socio-urbain spécifique. Elle souligne aussi combien cet espace d’interface engage des formes d’appropriation spatiale hétéroclites, en fonction de pratiques spatiales qui tantôt reproduisent cet ordre en affirmant l’étanchéité de l’interface, et tantôt le transgresse en marquant la porosité de celle-ci.

C’est en particulier par l’étude des mobilités inter-quartiers qui s’effectuent pour des motifs d’activités diversifiées comme l’achat, les visites familiales et amicales et les loisirs, que la thèse met en évidence des logiques d’action variées (économique, utilitaire, socio-culturelle et de différentiation) et des dispositions affectives complexes de la part des usagers (mise en proximité ou mise à distance). Les motivations sont variables parce qu’elles dépendent des caractéristiques identitaires des individus, de l’habitus, du contexte et du moment, ainsi que de l’espace-temps mémoriel. Cette thèse rend compte de la richesse des pratiques et des représentations spatiales d’un espace d’interface à Beyrouth situé entre trois quartiers bien identifiés selon des critères communautaires, religieux et politiques. Elle montre que c’est un espace complexe, un entre deux où se déploient différentes formes de territorialités et de rapports aux lieux, non réductibles à un modèle territorial stable et bien déterminé.

Cette approche est aujourd’hui d’actualité autant pour Beyrouth que pour d’autres villes, parce qu’elle permet de déconstruire les imaginaires et les lectures binaires et simplificatrices de la grande fragmentation des espaces urbains et des métropoles.