Singapore’s public housing

Logement social à Singapour Source : www.gov.sg/

La dengue constitue une menace majeure dans les régions tropicales, où les températures élevées et la fréquence des précipitations créent des conditions particulièrement favorables à la prolifération des moustiques vecteurs de type Aedes. L’article de Natacha Aveline-Dubach, directrice de recherche (CNRS / Géographie-cités) et Raksha Mahtani (CNRS@CREATE) examine la notion de « fardeau des moustiques». Une notion qu’elles définissent comme l’effet cumulatif de la densité de moustiques, du risque perçu de dengue et de l’inconfort associé aux politiques de lutte antivectorielle dans les pays où les maladies arbovirales sont endémiques.

Inscrite dans le cadre de l’écologie politique urbaine (Urban Political Ecology, UPE) et hybridée par une approche d’économie politique du logement, cette étude analyse les interrelations entre les modes de production du logement, les politiques de santé publique et les écologies des moustiques.

Elle s’appuie sur une étude de cas portant sur les ensembles de logements publics et les enclaves résidentielles privées (condominiums) à Singapour, afin de montrer comment des conditions socio-écologiques résidentielles inégalement distribuées produisent des formes et des intensités différenciées de « fardeau du moustique », tant entre les ensembles résidentiels qu’au sein même de ceux-ci. Le dispositif méthodologique repose sur 100 entretiens semi-directifs et informels menés auprès de résidents, 15 entretiens approfondis avec des acteurs impliqués dans la gestion des moustiques dans les ensembles publics et privés, ainsi que sur une analyse documentaire.

Les résultats montrent que les habitants des quartiers de logement public supportent un ‘fardeau du moustique’ particulièrement intense, lié à leur perception du risque face aux gîtes larvaires dans les espaces domestiques et péridomestiques, et renforcé par des mesures de biosécurité strictes, une hypersurveillance et le lâcher à grande échelle de moustiques porteurs de Wolbachia. Les résidents des étages inférieurs subissent de manière disproportionnée ce fardeau en raison d’une exposition accrue aux nuisibles et aux dispositifs de lutte antivectorielle. En revanche, les habitants des condominiums bénéficient d’un moindre inconfort, leur mode de vie exclusif étant protégé par une intrusion limitée de l’État et par des interventions privées de fumigation chimique.

Ces disparités soulignent les contradictions croissantes des politiques publiques à mesure que l’économie singapourienne se consolidait : entre une stratégie développementaliste néolibérale et une politique égalitaire en matière de logement d’une part, et entre une politique étatique centralisée de contrôle des vecteurs dans les ensembles publics et des approches plus fragmentées, médiatisées par les gestionnaires de copropriétés dans les enclaves privées d’autre part.

Natacha Aveline-Dubach, Raksha Mahtani. Understanding Mosquito Burdens through an Urban Political Ecology of Singapore’s Residential Landscapes, Geoforum, Volume 169, 2026, 104511, ISSN 0016-7185, https://doi.org/10.1016/j.geoforum.2025.104511.