Carte manuscrite des formes du relief du Japon, fonds du Laboratoire de graphique, sans date (ca 1960). © Archives nationales, France, cote 20010291-30. Jacques Bertin.

Dates : 2021 – 2025

Responsable du programme au sein de l’UMR : Gilles Palsky

Membre de l’UMR impliqué dans le programme : Nicolas Verdier

Équipe de l’UMR impliquée : EGHO

Noms des institutions partenaires : Centre Alexandre Koyré, EHESS (CAK) ; Archives Nationales (AN) ; Bibliothèque nationale de France (BnF) ; Laboratoire ACTE, Arts, créations, théories, esthétique (EA 7539, université de Paris 1) ; Laboratoire LLA-CREATIS (université de Toulouse Jean Jaurès) ; Université de Hosei (Japon)

Responsables du programme en dehors de l’UMR : Charlotte Biggs, Anne-Lyse Renon

Financement : Agence Nationale de la Recherche

Transversalité concernée : Données et protocoles dans les humanités numériques

Description : Le programme vise à étudier et valoriser les archives du laboratoire de cartographie, puis de graphique, dirigé par Jacques Bertin de 1954 à 1985 (EPHE puis EHESS). Il s’agit d’explorer, à partir de cette source majeure, les relations qui s’établissent entre création graphique et recherche en sciences humaines et sociales, dans la seconde moitié du XXe siècle.

Ce projet vise à réaliser la première étude d’envergure des relations entre création graphique et recherche en sciences humaines et sociales, du XXe siècle à aujourd’hui. L’essor contemporain de la visualisation de données et des technologies d’imagerie dans tous les domaines de la connaissance placent aujourd’hui le design et les images au cœur de la recherche et de sa communication, avec des implications importantes pour l’épistémologie scientifique, dont la dimension visuelle (et non pas seulement textuelle ou verbale) ne peut plus être ignorée. Le projet propose par ce biais de contribuer à analyser un phénomène massif et global, parfois taxé de “tournant iconique” (G. Boehm), qui caractérise les sociétés contemporaines.

Nous proposons de réaliser une étude du Laboratoire de graphique de Jacques Bertin (LG), acteur majeur de l’essor de la visualisation dans la recherche en sciences humaines et sociales dans la deuxième moitié du XXe siècle. Ce laboratoire créé et dirigé par Jacques Bertin de 1954 à 1985 à l’Ecole Pratique des Hautes Études puis à l’École des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), est considéré comme un précurseur des réflexions sur la recherche graphique. Ses travaux articulent de manière inédite production d’images, visualisation de données et recherche scientifique, formant la matière d’un traité fondamental, la Sémiologie graphique (1967). Bertin est aujourd’hui l’un des rares théoriciens reconnu sur le plan international en cartographie et dans le champ plus large de la data visualization. Ce projet de recherche retracera l’histoire restée largement méconnue des innovations graphiques et instrumentales du LG et de sa participation au renouveau des sciences sociales et des recherches et pratiques de visualisation.

En partenariat avec les Archives Nationales (AN), la Bibliothèque nationale de France (BnF), les laboratoires Géographie-Cités, ACTE et LLA-CREATIS, et l’université de Hosei (Japon), le Centre Alexandre-Koyré (CAK) vise à partir de la valorisation des fonds Bertin, à enclencher une dynamique de recherche interdisciplinaire sur une question centrale à l’axe « Culture, créations, patrimoine » de l’ANR (ayant aussi des valences avec l’axe transversal « Révolution numérique : rapports au savoir et à la culture ») : la patrimonialisation, l’histoire et l’étude des cultures visuelles des sciences sociales et du design à l’âge des humanités numériques. Le projet sera structuré en trois grands volets :

  1. Valorisation des archives Bertin et enjeux de la patrimonialisation des archives visuelles

Les archives Bertin constituent des fonds importants, volumineux, et extrêmement riches. Récemment versées dans les deux institutions patrimoniales partenaires de ce projet, elles sont encore largement inaccessibles. Aux AN, le fonds très dense et hétérogène des archives du Laboratoire de graphique versé en 2015, sollicité par de nombreux chercheurs, n’a jamais fait l’objet d’une étude systématique. Quelques éléments seulement ont été numérisés (numérisation des films du LG par l’INRIA ; numérisation et géoréférencement d’environ 240 cartes par la Plateforme de géomatique de l’EHESS – projet PSL Oronce Fine). Une exposition, journée d’étude et des ateliers impliquant chercheurs et designers ont été initiés et dirigés en 2017 par Anne-Lyse Renon, membre du consortium (http://retrospective-bertin.ehess.fr).

Le fonds versé à la BnF en 2007, département des Cartes et plans, est constitué du don des archives personnelles de Jacques Bertin. Il comprend les dossiers thématiques et le matériel iconographique qui constituent la matrice des articles et ouvrages publiés par Bertin, ainsi que les manuscrits originaux de ces derniers. Matériellement, il se compose d’environ 3000 cartes en portefeuilles et rouleaux, d’affiches et de boîtes d’archives contenant des documents originaux (brouillons, croquis, tapuscrits), représentant en termes de numérisation environ 60 000 prises de vue et de la documentation. Une convention sera signée avec les ayants droit (contactés et explicitement favorables à ce projet) afin de garantir un accès public pérenne.

Notre travail permettra pour la première fois de rendre disponibles et accessibles ces archives, et de retracer l’histoire du LG dans son contexte institutionnel et intellectuel. Il comprendra une dimension de recherche réflexive sur les techniques, les outils d’exploration, d’exploitation et de valorisation des fonds patrimoniaux visuels de la recherche. Deux bases évolutives de sources primaires seront constituées et mises à disposition sur les deux portails publics que sont la Salle des inventaires virtuelle des AN et Gallica pour la BnF.

  1. Design, humanités numériques et sciences sociales : histoire et héritages du Laboratoire de graphique

Ce projet a également pour but d’explorer une boîte noire de la recherche en sciences humaines et sociales : la genèse, les transformations, les évolutions et les modes de diffusion des graphiques. Deux approches seront adoptées, la collaboration interdisciplinaire et l’approche plus expérimentale de la création graphique et de la mise en forme de l’information. L’étude croisée des fonds AN et BnF permettra une analyse génétique des concepts-clés de Bertin. On étudiera les collaborations, les contenus, et les processus afin de produire une histoire à la fois esthétique, sociale, et culturelle. On mesurera l’évolution des imaginaires scientifiques, les valeurs et usages des méthodes de représentation et des outils de communication graphique, leur portée épistémologique. On mobilisera les convergences nouvelles entre design et recherche pour interroger la place dévolue au design dans la construction visuelle et instrumentale des pratiques et des savoirs scientifiques contemporains. Ainsi, une dynamique et une expérience collective de découverte interdisciplinaire d’usages de ces méthodes et outils en contexte patrimonial sera impulsée.

  1. Plateforme collaborative en ligne

L’ambition de ce projet tient enfin dans la réalisation d’une plateforme de recherche collaborative en accès libre. Moyen de croiser les deux fonds archivistiques numérisés, elle sera conçue comme un  projet de recherche et de création, un outil d’édition critique pour penser ensemble l’archive en ligne et la publication des résultats scientifiques, faisant dialoguer les pratiques contemporaines du design et des SHS et bénéficiant d’un traitement graphique singulier. Elle sera un mode de valorisation et de mise à disposition publique des sources et des résultats du projet participant d’une exploration sur les modalités d’ouverture des données de recherche.