Séminaire transversal
Organisé par les doctorant.es dans le cadre du séminaire de Géographie-cités, ce séminaire inter-équipes a pour objet les Évolutions institutionnelles et relations urbanisme-transport. Il a lieu le
5 avril 2024
9h-12h
Roscoff

Évolutions institutionnelles et relations urbanisme-transport (DR)
9h : Politiques du logement au sein des quartiers desservis par le Grand Paris Express, mutations institutionnelles et stratégies locales dans la production du logement.
Antoine Gosnet, ATER Université Paris Nanterre, Doctorant EHESS, UMR Géographie-cités
Depuis les années 1980 et l’adoption des lois de décentralisation, géographes, sociologues et politistes font le constat du « retrait » ou du « repositionnement » de l’État dans l’encadrement et le subventionnement des politiques du logement. Ce désengagement progressif peut notamment s’illustrer à travers les mutations récentes des mécanismes de financement du logement social ou par la montée en compétences de nouveaux échelons décentralisés de gouvernance urbaine francilienne. Néanmoins, le développement urbain et immobilier des quartiers de gare du Grand Paris Express semble s’accompagner d’une reprise en main de l’aménagement et de la programmation de logements par l’État. Plus généralement, les « quartiers de gare » font l’objet d’un regain d’intérêt dans les politiques publiques d’aménagement du territoire métropolitain à l’aune du développement urbain « par projet », et du financement de nouvelles infrastructures urbaines de transport. Ils constituent une catégorie d’action publique singulière dans le développement des métropoles au sein desquelles s’accroissent les inégalités socio-spatiales et se reconfigurent les gouvernements urbains.
La présentation reviendra sur le rôle de l’État dans la régulation des politiques du logement au niveau local, en analysant les différentes modalités d’intervention qu’il déploie, qui varient selon les territoires et les quartiers d’étude, ainsi que les différentes modalités de réceptions de l’infrastructure métropolitaine par les collectivités territoriales desservies, à l’initiative de politiques de logement diversifiées. On développera une série de résultats en cours de formalisation qui se déploient au sein de trois axes de recherche.
Un premier porte sur l’identification et la caractérisation « de l’État », dans une approche fonctionnaliste, notamment développée en urban studies, et interroge l’origine de l’inégale intervention des différentes structures d’État selon les quartiers de gare.
Un second axe interroge les conséquences locales de cette inégale intervention dans les « quartiers métropolitains » à partir de quatre cas d’étude pour lesquels les élus ou adjoints au logement communaux, intercommunaux, bailleurs sociaux et promoteurs immobiliers engagés sur des projets urbains au sein du quartier de gare ont été rencontrés au cours d’entretiens semi-directifs (N=80).
Le troisième axe proposera de développer la notion de « transition métropolitaine » dont ces quartiers du Grand Paris feraient l’objet, en identifiant ce qui distingue dans les représentations collectives de ce qui relève de l’acceptable dans l’urbain de ce qui ne l’est pas. Cet axe de recherche interroge les comportements « insolidaires » d’élus locaux et d’habitants induits par l’arrivée de l’infrastructure, qui peuvent à ce titre se rapporter à des « effets structurants » plus impactants encore que le réaménagement d’un parvis d’une gare ou bien d’autres micro-aménagements. La présentation aboutira sur une première version du plan de la thèse en cours de consolidation qui pourrait être soumis à la discussion générale du séminaire inter-équipes.

Plateforme de visualisation des données d’entrée du modèle de déplacement MODEOS (DR)
10h : Modéliser les déplacements pour aider à la coordination des politiques d’urbanisme et de mobilité : de la construction à l’exploration des modèles – Application à l’ouest savoyard
Léa Christophe, doctorante (UMR Géographie-cités)
À partir des années 2000, les agglomérations françaises ont adopté des modèles statiques de déplacements à quatre étapes dans le but d’assister les acteurs dans leurs prises de décision. À l’origine conçus pour la planification du transport automobile, ces instruments sont aujourd’hui questionnés sur leur place dans l’aide à la décision pour la construction de villes durables, compte tenu de l’émergence d’autres catégories de modèles (type modèle LUTI) et de leur sous-utilisation lié leur complexité. Au-delà du questionnement technique, ce constat invite à réfléchir à la place que les acteurs (techniciens et élus) accordent à la modélisation dans le processus d’aide à la décision.
Dans cette thèse, l’objectif est de questionner la compréhension qu’ont les différents acteurs, qu’ils soient techniciens ou élus, de ces modèles. Pour une partie de ces acteurs souvent décisionnaires, la modélisation des déplacements se révèle être un processus complexe et souvent abstrait. Afin de contourner ces obstacles, la visualisation semble apporter des solutions puisqu’elle ne repose sur aucun formalisme mathématique. Le cas d’étude principal de notre analyse est le modèle de l’Ouest Savoyard.
En s’appuyant sur les champs de la modélisation, de la coordination urbanisme/transport et de la géovisualisation, la méthodologie mise en place pour répondre à ces questionnements repose sur une observation participante afin d’analyser la perception du modèle par les acteurs. Ce travail est facilité par la mise en place d’un dispositif CIFRE au sein de l’Agence Alpine des Territoires (AGATE), qui est le gestionnaire du modèle MODEOS. Cette configuration permet de faciliter l’accès aux acteurs du territoire (élus et techniciens) et l’acquisition de matériaux multiples notamment les quarante-quatre comptes-rendus de réunions passées en lien avec le modèle et les supports présentés. Dans un second temps, il s’agit de questionner l’apport des méthodes de géovisualisation pour atténuer l’effet « boîte noire » des modèles de déplacements à quatre étapes avec des tests alors de différents focus group homogènes avec les acteurs du territoire.

Le pôle multimodal de Rotterdam Blaak (DR)
11h : Itinéraire d’une approche croisée des pôles d’échanges multimodaux en Île-de-France, dans le Grand Manchester et à Rotterdam-La Haye
Mathilde Pedro, doctorante (UMR Géographie-cités)
Les pôles d’échanges multimodaux, et plus généralement les espaces de transports, ont fait l’objet d’une littérature dense en géographie, en aménagement, ou encore en architecture depuis les années 1980. Envisagés tour à tour comme des nœuds, des lieux, des espaces publics, ou encore des polarités urbaines, ils apparaissent structurés par une tension entre réseaux et territoires qui se traduit dans le jeu d’acteurs, les stratégies d’action et les enjeux parfois contradictoires projetés sur ces espaces.
Cette présentation, qui prend place dans une période de préparation à la rédaction de la thèse, vise à revenir sur l’itinéraire de recherche ayant conduit à s’intéresser à nouveau à la question des pôles d’échanges. Comment ces objets permettent-ils d’appréhender les effets concrets de réformes sectorielles et territoriales ? Quelle est l’apport de la comparaison internationale pour comprendre les dynamiques de recomposition du secteur des transports urbains ? C’est aussi l’occasion de formaliser une réflexion sur les enjeux méthodologiques posés par la thèse CIFRE : comment détourner la « commande » initiale de l’entreprise pour replacer le sujet dans un contexte politique spécifique – celui de l’ouverture à la concurrence des transports franciliens ? Mais aussi, comment approcher les acteurs régionaux et internationaux lorsque l’on porte une casquette opérationnelle, dans un secteur de plus en plus concurrentiel ?
Le séminaire se tiendra en présence et à distance.

