Clarisse Didelon-Loiseau et Anne-Cécile Ott, respectivement professeure à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne et doctorante, membres de Géographie-cités, participeront les 28 et 29 octobre à Gênes aux quatrièmes journées cartotête consacrées aux dimensions sociales de la cartographie cognitive, organisées par l’Université de Gênes (Italie).
Les représentations cognitives de l’espace géographique sont très souvent étudiées dans le but de mieux comprendre la manière dont les individus résolvent les problèmes spatiaux du quotidien auxquels ils peuvent être confrontés. Les études sur les dimensions sociales de ces représentations cognitives de l’espace ont débuté modestement dès le milieu des années 1970. Aujourd’hui, les analyses sur les dimensions sociales de la cognition spatiale ne sont pas pour autant unifiées. Or tous ces objets analysés sous le prisme de la socialisation devraient également permettre d’apporter quelques éléments de compréhension sur la cartographie cognitive.
Le réseau Cartotête s’est donné pour objectif d’explorer ces dimensions sociales qui participent à la construction des représentations cognitives de l’espace et, par-là, aux processus de territorialisation, de sorte à stimuler les échanges entre chercheurs sur la cartographie socio-cognitive. Sans pour autant rejeter la dimension fonctionnelle de ces représentations, il souhaite faire converger les recherches qui abordent les « cartes mentales » comme des révélateurs de l’articulation entre rapport à l’espace géographique et rapport à autrui. Si les trois premières journées d’étude du réseau (Clermont-Ferrand en 2014, Strasbourg en 2017 et Besançon en 2019) ont surtout mis l’accent sur les aspects méthodologiques de la cartographie socio-cognitive, cette 4ème journée d’étude du réseau propose cette fois de fonder les échanges à partir de travaux empiriques sur les processus socio-cognitifs ou socio-spatiaux de la cartographie cognitive. Il s’agit d’une édition internationale qui sera organisée par le département de Science Politique (DISPO) de l’Université de Gênes (Italie).

La sociogenèse des représentations enfantines du monde, via le dessin commenté.

Anne-Cécile Ott, doctorante, Université Paris 1, membre de Géographie-cités, présentera une communication sur la sociogenèse des représentations enfantines du monde, via le dessin commenté. Elle rendra compte des premiers résultats de son travail de thèse, qui porte sur les représentations du monde d’enfants âgés de 6 à 11 ans, scolarisés dans 4 écoles parisiennes et vise à retracer la genèse sociale de ces représentations, à saisir ce qu’est le monde pour eux et pourquoi ils le représentent d’une manière plutôt qu’une autre.
Les travaux sur les représentations spatiales des enfants sont pour la plupart l’apanage de la psychologie cognitive, qui prend peu en compte les différenciations entre les productions et entre leurs producteurs, si ce n’est par stades d’âge.  L’originalité des travaux d’Anne-Cécile Ott repose en particulier sur la mise en place d’un protocole pluri-méthodologique, développé auprès de 248 enfants de CP, CE2 et CM2. Si le dispositif comporte 4 activités (dessin commenté, discussion en classe entière, reconstitution d’un planisphère illustré, entretiens en groupes), cette communication propose de s’attarder sur la méthode de dessin commenté. Bien qu’il présente des biais, le dessin est en effet un outil fécond pour appréhender les représentations de concepts complexes comme le monde.

Le panorama des représentations du monde figuré par l’analyse des dessins révèle des représentations polysémiques et polymorphes. Les enfants n’accordent pas au monde les mêmes significations et ne le pensent pas à la même échelle. La méthode du dessin commenté montre que les représentations produites sont des constructions sociales. Elle met en lumière un système de différenciations, bien entendu en fonction de l’âge (les CP représentant par exemple plus le monde à l’échelle locale que leurs aînés), mais aussi de caractéristiques sociales telles que le genre ou la classe sociale (les enfants de milieux populaires représentent par exemple davantage le monde à l’échelle locale que ceux de milieux favorisés) et enfin des sphères d’influences dans lesquelles les enfants gravitent. L’Ecole, la famille, les médias ou les groupes de pairs sont autant d’instances qui socialisent les enfants au monde comme espace géographique. Ainsi replacé dans son contexte de production, le dessin commenté offre de dépasser une approche trop mentaliste de l’espace.