Entre 1939 et 1953, près d’1 million d’habitants des territoires européens annexés par l’URSS ont été déportés au goulag.
Produite par les Éditions de l’Ined, en partenariat avec le CERCEC, le GED/Campus Condorcet, l’Université de Strasbourg et le laboratoire Géographie-Cités (CNRS), Mémoires européennes du Goulag rassemble et présente les témoignages d’anciens déportés, des photos prises au cours de leur vie, des documents d’archives privées et publiques, ainsi que des films, recueillis par une équipe internationale de chercheurs. Cette publication en ligne est adossée à une base de données contenant plus de 180 entretiens.
Le site invite à visiter l’histoire des déportations staliniennes à travers des présentations thématiques et biographiques, une cartographie, et bientôt des articles de recherche, des parcours pédagogiques, et une frise chronologique.

museum.gulagmemories.eu 
à découvrir à l’occasion du Congrès du centenaire
de l’Union Géographique Internationale (UGI)

Stand de l’Ined
18-22 juillet 2022
Université Paris Sorbonne
12, place du Panthéon
Stand Ined
75005 Paris

Télécharger l’affiche de la publication Mémoire européennes du Goulag

Objectifs

L’objectif de ce site est d’expérimenter un modèle alternatif de publication scientifique, s’adressant à la fois aux chercheurs, aux enseignants et au grand public. Sorte de « livre en continu », la forme éditoriale proposée permet de rendre compte régulièrement des avancées d’un projet de recherche.

Articulant de façon étroite des présentations destinées à un large public et des contributions académiques validées par les pairs, cette publication est destinée à être support d’enseignement autant que support de débats sur de nouvelles recherches. Contrairement aux productions éditoriales valorisant un état achevé de la connaissance, cette forme dynamique de publication permet de donner à voir, à tout public, la science en marche et de se faire l’écho de nouvelles approches, y compris à l’état d’hypothèses appelant à une réflexion critique.

La publication est issue d’un projet de recherche initié en 2007 sur les déplacements forcés de population dans l’URSS stalinienne. Porté par le CERCEC (EHESS/CNRS), RFI et l’Ined, ce projet a déjà permis de rassembler 200 témoignages d’anciens déportés dans les camps du goulag et les villages de « déplacés spéciaux » soviétiques, ainsi que des photos, des documents d’archives privées et publiques, des films. De nombreux champs restent à explorer, en lien notamment avec les archives et les témoignages collectés par des institutions russes, est et centre-européenne

Cartographie

Parcours d'exil d'Henry Welsh

Parcours d’exil d’Henry Welsh. © Trystan Viaud / Géographie-cités

Les déportations provoquent éloignement, mise à distance, dispersion. De l’arrestation à l’arrivée, de la vie en exil au retour, se mêlent l’espace, le territoire, et le temps.

Le temps du voyage, le temps de l’exil entrecoupé parfois de déplacements, l’attente du retour.

museum.gulagmemories.eu propose une approche cartographique originale. Réalisée en partenariat avec l’UMR Géographie-cités, elle mêle le temps et le territoire, l’espace et la distance. Deux cartographies permettent d’entrer dans ces représentations :

  • Une représentation géographique et temporelle des trajectoires des personnes déportées dont nous disposons du témoignage. Ces représentations mêlent le temps du trajet (représenté par des couleurs de plus en plus foncées à mesure que la durée se prolonge), le temps de l’exil ou de l’enfermement (représenté par des cercles concentriques de surface proportionnelle à la durée), le temps du retour. Diverses approches permettent de distinguer trajets contraints et trajets de retour, type de transport, etc.)
  • Une cartographie dynamique offrira prochainement, au même titre que les entrées thématiques et biographiques, une entrée géographique. Il sera possible de rechercher en fonction des lieux les personnes les ayant traversés et dont nous avons constitué une biographie, ou les thématiques attachées à ces lieux.

Cartographier des trajectoires d’exil a travers le temps : les défis

Réalisées en partenariat avec l’UMR Géographie-cités, ces cartes donnent à voir les parcours d’exil et les lieux de déportation, à partir des récits des déportés. Représenter des individus en mouvement sur un territoire qui, en pleine seconde guerre mondiale, est lui aussi en mouvement, a posé un certain nombre de défis en termes de recherche et de méthodologie.

Comment créer une cohérence entre représentation du temps et de l’espace ?

Pour exprimer la durée, la variable visuelle « valeur » appliquée à un dégradé de couleur en implantation linéaire a été choisie pour transmettre l’écoulement et la succession du temps.

Pour la construction du fond de carte, il a fallu transformer le récit en unités spatiotemporelles cohérentes, en rapprochant toujours plus cartes et récits, par leur point de convergence naturel : le lieu. Ainsi, la cartographie cherche à reproduire, le plus fidèlement possible, les frontières politiques et le réseau ferré de l’époque et leur évolution au cours de cette période.

Comment prendre en compte l’incertitude des données ?

Les cartes ne figurent pas l’incertitude des données. On utilise une représentation d’apparence certaine alors que les informations représentées sont parfois incertaines. Les tracés des trajets semblent détaillés, laissant croire qu’il s’agit de l’itinéraire réel que l’exilé a emprunté, alors que c’est seulement un itinéraire probable et très certainement proche du réel : le plus court chemin par voie ferrée, entre le lieu de départ et le lieu d’arrivée.

Dans un récit, l’espace et le temps racontés peuvent être flous, et comme ils ne se prêtent pas forcément à la cartographie, leur transcription sur la carte peut varier selon l’interprétation du cartographe. Ceci pose des problèmes méthodologiques, mais présente aussi des avantages : la carte devient un outil d’analyse des récits et oblige à rechercher dans ce récit, les incertitudes mais aussi des précisions inattendues.

museum.gulagmemories.eu