Bure, 2018

Cette photographie prise à Bure en 2018 respecte un certain nombre de règles éthiques
minimales lorsqu’on travaille sur une occupation illégale : ne pas montrer de personnes et ne
pas montrer des éléments susceptibles de favoriser l’identification des personnes (voiture,
chien, effets personnels). © L. Beauguitte/Géographie-cités

Dans ce chapitre du livre Géographies du politique, Laurent Beauguitte, chargé de recherche au CNRS et membre de l’UMR Géographie-cités, présente trois aspects liés à la recherche en milieu militant : les enjeux éthiques de la recherche, les contraintes liées au terrain et enfin la sortie du terrain militant.

La géographie des mouvements sociaux et la géographie des conflits ont longtemps privilégié et continuent à privilégier les mouvements liés à des problématiques fortement spatialisées (projet d’aménagement, occupation, rénovation urbaine et gentrification notamment). Or toute forme d’engagement politique se déroule dans un ensemble de lieux qui forment un réseau d’opportunités et de contraintes pour l’action militante.
Qu’il s’agisse de tracter, de coller, d’organiser des réunions et des événements (autorisés ou clandestins), la géographie dispose de tous les outils conceptuels et méthodologiques pour produire de la connaissance sur cet engagement. Si le recours à des outils de type ethnographique (observation participante, entretiens, récits de vie) est souvent privilégié, en géographie comme en sociologie, il est également possible de proposer des analyses cartographiques et quantitatives de mouvements sociaux.

Trois aspects liés à la recherche en milieu militant sont présentés : les enjeux éthiques de la recherche, les contraintes liées au terrain et enfin la sortie du terrain militant. Si les exemples présentés ici, liés aux recherches menées par l’auteur ces dernières années (Nuit debout, occupation du bois Lejuc à Bure, scènes musicales d’extrême-droite), sont tous à la limite de la désobéissance civile voire de l’illégalité, les principes généraux exposés ici sont transposables à l’étude de formes de militantisme plus institutionnelles.

Comme toute activité sociale, le militantisme peut être étudié par la géographie, que ce militantisme soit ou non lié à un objet localisé. Protéger les personnes enquêtées, quelle que soit sa proximité idéologique avec elles, est un impératif éthique, tout comme la restitution des résultats de la recherche à ces personnes. Si la forme du militantisme peut contraindre les choix méthodologiques, il est fréquent que les résultats déçoivent les militant.es. Critique, argumentée, appuyée sur des bases conceptuelles et méthodologiques solides, la littérature académique ne peut servir d’outil de lutte car ce n’est pas son rôle. Elle peut cependant permettre de documenter ces luttes et contribuer ainsi à nourrir une mémoire militante.

Télécharger Laurent Beauguitte. Recherches géographiques en terrains militants. Fabrice Argoulès. Géographies du politique, Atlande, pp.423-427, 2022

Voir aussi :
Géographies du politique