Le prochain séminaire de l’équipe PARIS de Géographie-cités aura lieu le
17 février 2023
14h30-17h00
Centre de colloques, salle 3.03
Campus Condorcet
et en distanciel

De la production à la construction, la brique rouge dans tous ses états (usine à Mit Ghamr, Égypte, mai 2021) © Corten Pérez Houis/ géogpraphie-cités
Produire le matériau, construire la ville moderne : les filières de brique rouge dans les agglomérations du Caire (Égypte) et de Khartoum (Soudan)
Corten Pérez Houis
La brique rouge fait partie des matériaux les plus utilisés dans la construction du Caire et de Khartoum, deux capitales du monde arabe qui connaissent des contextes de rapide croissance démographique et urbaine. Je pars de l’hypothèse que cet objet et la filière dans laquelle il s’inscrit sont des points d’observation pertinents des processus d’urbanisation. La banalité de ce matériau, très visible dans la ville et dont la majorité des habitant.e.s connaissent les conditions de production, en fait une grille de lecture privilégiée de la fabrique quotidienne de la ville.
En s’appuyant sur une méthodologie essentiellement qualitative (entretiens informels et semi-directifs, observations, revue de presse…), je cherche ainsi à interroger les interactions entre les recompositions contemporaines de la filière (industrialisation, délocalisation, changements de combustible…) et les transformations politiques, sociales et matérielles de ces deux capitales (verticalisation, extension urbaine, circulation de modèles internationaux d’aménagement, standardisation…).
Cette présentation tentera ainsi de revenir sur l’élaboration progressive des questionnements de recherche appliqués à ces filières de brique rouge, actuellement en crise et mises en concurrence avec des matériaux alternatifs (briques industrielles, parpaing de ciment). Elle montrera que l’approche par la filière et par un objet circulant permet d’articuler des espaces, des échelles et des acteurs variés. De l’extraction de la matière première aux chantiers, des conditions de production de la brique aux normes architecturales ou aux plans d’aménagement, cette recherche propose une analyse matérielle et multiscalaire de la production urbaine du Caire et de Khartoum.
L’ensemble de la réflexion s’inscrira enfin dans un questionnement sur la modernité, ou plutôt sur les conditions concrètes de fabrique de la « ville moderne » dans les deux capitales. En mettant à jour les rapports de domination et de pouvoir qui se jouent dans les politiques de modernisation de la ville, je chercherai à montrer comment les habitant.e.s de ces espaces urbains sont progressivement dépossédé.e.s de leur droit à construire la ville et à produire les matériaux qui la constituent.

Beyrouth © Jean Makhlouta / Géographie-cités
Repenser la ville par les stratégies spatiales des minorités sexuelles et de genre à Beyrouth
Jean Makhlouta
Cette thèse vise à comprendre les stratégies spatiales déployées par les minorités sexuelles et de genre à Beyrouth pour négocier leur accès à la ville. En privilégiant les micro-échelles et les temporalités spécifiques, cette thèse propose de faire dialoguer deux lectures critiques et complémentaires de l’urbain. Premièrement, il s’agit d’aborder la mobilité spatiale des minorités sexuelles et de genre afin de saisir une logique urbaine alternative. Deuxièmement, il est question d’étudier la matérialité des lieux investis et fréquentés par cette population pour comprendre l’insertion de ses pratiques interdites dans le tissu urbain beyrouthin.
En mettant évidence ces stratégies spatiales minoritaires, cette thèse a l’ambition de dépasser le discours dominant qui dépeint Beyrouth comme une ville régie par des dualités spatiales liées à des facteurs politiques et confessionnels. Autrement dit, il s’agit de comprendre comment les divisons territoriales de Beyrouth deviennent malléables à l’aune des pratiques mobiles et éphémères des minorités sexuelles et de genre. En inventant une autre pratique de la ville, les minorités sexuelles et de genre permettent d’entrevoir des reconfigurations territoriales qui apportent un nouvel angle d’analyse sur le fonctionnement de la ville et la production des spatialités.
Cette thèse se fonde sur une enquête ethnographique menée à Beyrouth pendant dix mois entre avril 2021 et janvier 2023. Le cadrage méthodologique s’appuie sur des méthodes ethnographiques classiques (entretiens semi-directifs, observations participantes) croisées avec des outils plus originaux (cartes mentales, relevés ethno-architecturaux) afin de révéler de la manière la plus fine possible la dimension spatiale de ces pratiques minoritaires au quotidien.
Prochain séminaire
24 mars 9h30-12h : salle 0.016 située au RDC du bâtiment de recherche sud
Filyra Vlastou-Dimopoulo : « La relation entre un camp de réfugié.e.s et l’espace urbain: une exploration de la coexistence interculturelle à la ville de Lavrio (Grèce) » ; Camille Dabestani : la construction des imaginaires macrorégionaux et sur la régionalisation des espaces (ultra)périphériques
Contacts
sophie.baudet-michel (at ) u-paris.fr ; hadrien.commenges (at ) univ-paris1.fr

