Le prochain séminaire PARIS sera consacré à l’Asie du Sud-Est, avec les interventions de Manuelle Franck (INALCO / CESSMA), Nathalie Lancret (CNRS / CASE), Adèle Esposito-Andujar ( CNRS / Géographie-cités) et Charles Goldblum (discutant).  Il aura lieu le
15 mars 2024
9h30-12h30
Centre de colloques
Salle 3.02

Discutant : Charles Goldblum, Professeur Émérite, Université Paris 8

Image virtuelle du projet de la capitale Ibu Kota Nusantara, 2019. Ó Urban+ & PUPR.

Image virtuelle du projet de la capitale Ibu Kota Nusantara, 2019. Source : Ó Urban+ & PUPR.

« Ibu Kota Nusantara (IKN), un nouveau modèle de capitale en Indonésie ? Processus, discours et planification »

Manuelle Franck (professeure, INALCO-CESSMA) et Nathalie Lancret (directrice de recherche, CNRS-CASE)

En 2019, le président indonésien Joko Widodo annonce le déplacement de la capitale nationale, depuis Jakarta, située sur l’île de Java, vers l’île de Bornéo. Début 2024, les travaux sont déjà bien entamés et l’inauguration devrait avoir lieu le 17 août, date de la fête de l’indépendance. L’Indonésie se dote ainsi d’une nouvelle capitale appelée « Archipel », ou Ibu Kota Nusantara (IKN) laquelle est bâtie ex nihilo dans un environnement forestier de mangroves, de forêts surtout secondaires et de plantations industrielles. Cette intervention évoquera le processus de décision et de conception de la nouvelle capitale, un des projets les plus ambitieux du président Jokowi. Le processus est apparu top-down et « expéditif ». La publicité du projet à destination des Indonésiens et des investisseurs relève de l’urbanisme aspirationnel, empruntant aux modèles internationaux écologiques, intelligents et durables qui sont ceux des villes nouvelles planifiées contemporaines, nombreuses dans les Suds aujourd’hui. Mais le projet indonésien ambitionne aussi de constituer un nouveau modèle de ville-forêt à l’indonésienne, inspiré de modèles expérimentés en Asie, inséré dans son milieu forestier et insulaire. A travers l’examen des documents de présentation et de planification du projet et d’entretiens auprès d’acteurs locaux, cette intervention analyse le processus de production de la ville et la façon dont la planification articule modèles internationaux, asiatiques et indonésiens, lesquels sont déclinés à toutes les échelles de planification. En filigrane, elle met également en perspective la trajectoire de production d’IKN avec celle des villes nouvelles planifiées des années 2000.

 

Manifestation contre le plan d'usage des sols établi dans le cadre du EEC, organisé par le « réseau des amis de l’Est » (Khruankay Puan Thawan Ook, เครือข่ายเพื่อนตะวันออก), Bangkok, 23 juillet 2019) .

Manifestation contre le plan d’usage des sols établi dans le cadre du EEC, organisé par le « réseau des amis de l’Est » (Khruankay Puan Thawan Ook, เครือข่ายเพื่อนตะวันออก), Bangkok, 23 juillet 2019) .

« Citoyens ordinaires dans des zones économiques spéciales » « Khon Thammada Nai Khet Sethakit Phiset » La politique du contentieux le long du corridor économique de l’Est en Thaïlande

Adèle Esposito-Andujar, chargée de recherche CNRS, UMR Géographie-cités, Equipe PARIS.

Cette présentation examine les manifestations de résistance et de contestation à l’encontre de grands projets de développement territorial qui s’étendent à trois provinces thaïlandaises : Chachoengsao, Chonburi et Rayong. Ces dernières ont été impliquées dans deux programmes d’aménagement ambitieux (le Eastern Seaboard Development Program, ESDP, à partir des années 1980 et le Eastern Economic Corridor, EEC, à partir de 2016) qui associent infrastructures de transport, développement industriel et urbanisation. Ces programmes ont eu des impacts négatifs sur la vie quotidienne des habitants à faibles revenus: pollutions, conflits fonciers et d’usage, dégradation des ressources naturelles et déclin des activités agricoles et piscicoles. Ma recherche se penche sur les mouvements sociaux qui dénoncent ces impacts. Elle examine l’évolution des formes d’organisation, des tactiques et des objectifs déployés par ces mouvements sociaux à travers l’histoire récente des deux programmes de développement. Pour ce faire, je prends appui sur l’analyse des conflits environnementaux et d’usages des sols qui ont « fait école », et qui ont concerné les ports et parcs industriels de Laem Chabang et Map Ta Phut. Je développe ensuite un inventaire des disputes relatives au foncier et aux usages des sols à l’heure du EEC. Sur ces bases, j’interroge les évolutions connues par les mouvements sociaux à l’aune de deux ordres de processus : les apprentissages, échanges et réseaux de coopération avec et entre les mouvements qui ont fait école ; l’évolution de la pensée politique thaïlandaise autour du concept de « politique du peuple » (Gang mueang phak phrachachon, การเมืองภาคประชาชน). J’identifie également les formes de continuités, qui tiennent au rôle central accordé aux « communautés » (Chumchon, ชุมชน) dans la gestion et le développement du territoire. Pour conclure, je réfléchis sur les critères qui contribuent à définir le succès ou l’échec des revendications, dans un contexte politique instable et sur un territoire stratégique pour la Thaïlande, sur le plan économique et (géo)politique.

Prochain séminaire CRIA-EHGO-PARIS
L’articulation mobilités/urbanisme vue par les doctorant.es
5 avril matin, à Roscoff
Léa Christophe : Modéliser les déplacements pour aider à la coordination des politiques d’urbanisme et de mobilité : de la construction à l’exploration des modèles – Application à l’ouest savoyard
Antoine Gosnet : Politiques du logement au sein des quartiers desservis par le Grand Paris Express : mutations institutionnelles et stratégies locales dans la production du logement
Mathilde Pedro : « Concevoir, aménager et gérer les hubs de mobilité urbaine »