Les cas de Paris et Madrid

En s’appuyant sur une analyse quantitative et cartographique des dynamiques sociodémographiques de Paris et Madrid depuis 2000, cet article de Beatriz Fernandez, maîtresse de conférence à l’EHESS, vise à interroger le processus de vieillissement des cœurs métropolitains et à étudier ses spatialités, en le reliant aux pertes de population des deux villes-centres.

Les discours médiatiques et politiques insistent sur la jeunesse et le dynamisme de la population des métropoles. Cependant, la présence très importante de jeunes dans les grandes villes de l’Ouest de l’Europe a pu contribuer à invisibiliser un phénomène moins connu : le vieillissement de la population des cœurs métropolitains. Paris et Madrid illustrent bien ces dynamiques : la part des personnes de 65 ans ou plus des deux villes-centres s’avère bien plus élevée que dans leurs régions respectives. Or, si le vieillissement progresse dans les cœurs métropolitains, les métropoles continuent à être associées à l’image de jeunes cadres dynamiques et non à celle des personnes âgées.

En s’appuyant sur une analyse quantitative et cartographique des dynamiques sociodémographiques de Paris et Madrid depuis 2000, cet article vise, tout d’abord, à interroger le processus de vieillissement des cœurs métropolitains et à étudier ses spatialités, en le reliant aux pertes de population des deux villes-centres. Nous faisons l’hypothèse que ces dernières sont non seulement socialement sélectives (Clerval & Delage, 2019), mais qu’elles entraînent aussi une spécialisation par âge. Dans un deuxième temps, l’article vise à mieux comprendre les choix résidentiels des seniors. L’analyse des migrations résidentielles nous permettra d’explorer les dynamiques à l’œuvre et de nous interroger sur les (im) mobilités des personnes âgées.

L’accroissement de la part des seniors dans les deux villes-centres témoigne ainsi d’une dynamique double : le vieillissement global de la population (renforcé par l’effet de génération, les cohortes issues du baby-boom étant plus nombreuses) et la décroissance démographique. Le premier phénomène apparaît en effet renforcé par le départ des jeunes et adultes.
Dans un contexte de vieillissement et de gérontocroissance des villes-centres, il convient de s’interroger sur les liens qui existent entre ces deux aspects du vieillissement, ainsi que sur leurs distributions spécifiques. Les deux facteurs sont-ils concomitants ? Sont-ils circonscrits à certains quartiers ou arrondissements, ou bien s’étendent-ils à la totalité de l’espace intra-muros ? Quelle(s) évolution(s) ont-ils connue(s) au cours de la période étudiée ?