Les noms des savoirs sont souvent des boîtes noires que l’on manipule avec ingénuité. Pourtant, qu’ils forgent de nouveaux intitulés pour leurs pratiques savantes ou reprennent des dénominations existantes, les savants eux-mêmes y prêtent une grande attention.

Étudier la façon dont on nomme et regroupe les savoirs permet de travailler sur leur émergence, les conditions de leur succès, leurs resémantisations invisibles ou les controverses qui les ont traversés. La dénomination et l’agrégation des savoirs sont indissociables de partitions, de découpages et de distinctions. À travers l’analyse des différentes épithètes feuilletant la « géographie » dans la France des XIXe-XXe siècles, on met par exemple au jour une histoire beaucoup moins unitaire que ne le voudraient les représentations autochtones. Souvent transnationaux, les cas étudiés témoignent des appropriations variées d’un même terme comme « enquête », « ethnopsychiatrie » ou le diptyque philologie/linguistique.
Nommer les savoirs est le dossier thématique du dernier numéro de la Revue d’histoire des sciences humaines, soutenue par l’Institut des Sciences Humaines et Sociales du CNRS et dirigée par Wolf Feuerhahn et Olivier Orain, directeur de l’équipe Épistémologie et histoire de la géographie (EHGO) de Géographie-cités.
Créée en 1999, cette revue défend une approche transversale de l’histoire des sciences de l’homme, sans pour autant négliger les opérations disciplinaires qui ont émaillé leur développement.

Le directeur du numéro
Wolf Feuerhahn est historien des sciences au CNRS, directeur adjoint du centre Alexandre-Koyré. Il travaille sur l’histoire de l’organisation des savoirs en Europe (XVIIIe-XXIe siècles) : partages, conflits des facultés, programmes interdisciplinaires.

Commander Wolf Feuerhahn. Nommer les savoirs. Revue d’histoire des sciences humaines, n° 37. Éditions de la Sorbonne, mai 2021, 356 p.