Le prochain séminaire de l’équipe PARIS de l’UMR Géographie-cités accueillera Elise Thouron et Julien Haine le
9 Février 2024
14h30-17h30
Centre de colloques
Salle 3.02

Extrait du Plan Local de l'Habitat de Bordeaux, PLH 2007

Extrait du Plan Local de l’Habitat de Bordeaux, PLH 2007

Qui peut (encore) habiter à Bordeaux ? Les parcours résidentiels dans la métropole bordelaise et en Gironde.
Elise Thouron (UMR Géographie-cités ; Agence d’Urbanisme de Bordeaux)

Partant du constat partagé par les élus et les techniciens qu’il est de plus en plus difficile de se loger dans la métropole bordelaise, la thèse s’intéresse aux stratégies résidentielles et aux parcours résidentiels dans la métropole bordelaise et en Gironde. En effet, le contexte immobilier particulièrement tendu et les prix élevés à l’achat et à la location conditionnent les modalités d’entrée sur les marchés du logement, locatif comme à la propriété, de s’y maintenir, de déménager. Ainsi, derrière la question de l’offre et des prix immobiliers à l’achat et à la location, l’enjeu majeur de la crise contemporaine du logement réside dans la fluidité des parcours résidentiels. Dans un positionnement de recherche-action, l’objectif est de proposer une description fine des parcours résidentiels et de leurs points de blocage pour rendre compte des enjeux qui se posent aujourd’hui aux politiques publiques.

Les méthodes mobilisées visent à décrire les stratégies, d’une part, et les parcours résidentiels, d’autre part. Partant d’une caractérisation générale des flux à partir des données Fidéli, une enquête par questionnaire (N=812), portant sur des ménages ayant récemment déménagé et vivant en Gironde à l’issue du déménagement, a fait l’objet d’un redressement et d’un traitement statistique. Des entretiens complètent l’analyse quantitative afin de comprendre plus finement les choix et les stratégies résidentielles. Mis en perspective avec les travaux existants, ces entretiens permettent de définir des idéaux types de trajectoires résidentielles, précisés par les résultats de l’analyse multivariée de l’enquête par questionnaire. Les résultats mettent en évidence une typologie des parcours résidentiels en Gironde en 6 catégories : les « accédants en métropole », les « néo-Bordelais locataires », les « jeunes bénéficiant d’aides et/ ou d’un patrimoine familial » et qui déménagent sans difficulté dans le périurbain, les « retraités heureux », les « professions intermédiaires en milieu de cycle de vie entravées dans la métropole » et enfin, les « ouvriers et employés entravés en Gironde ».

Ainsi, l’analyse croisée des idéaux types des trajectoires résidentielles et de la typologie des parcours résidentiels souligne que le cycle de vie ne permet pas à lui seul d’expliquer les parcours résidentiels des ménages. Les parcours résidentiels sont également socialement sélectifs. Les catégories aisées accèdent plus facilement à la propriété et a fortiori, à la location. À l’inverse, les classes les plus précaires sont exclues de l’accession à la propriété, parfois même dans le périurbain, alors que l’accession à la propriété demeure centrale dans la demande résidentielle. De plus, les inégalités patrimoniales, y compris au sein de la même étape du cycle de vie, opèrent enfin des distinctions importantes dans la fluidité des parcours résidentiels. Enfin, les aspirations résidentielles propres à chaque parcours de vie influencent aussi les parcours résidentiels.
À moment dans le cycle de vie similaire et catégorie professionnelle équivalent, les trajectoires de vie mènent à des choix et à des arrangements différents. Au regard de ces résultats, les politiques publiques en faveur de la fluidité des parcours résidentiels ne peuvent se résumer à des politiques de l’habitat. Elles doivent intégrer des politiques sociales, économiques et de transports afin de permettre un accès à un logement décent, à toutes les étapes de la vie. Les parcours résidentiels sont finalement un catalyseur des enjeux de la ville de demain.

 

© Julien Haine

La vulnérabilité énergétique des ménages en Nouvelle-Aquitaine : une approche par le déménagement
Julien Haine, doctorant (UMR TREE et Géographie-cités)

Face à l’augmentation des prix, les difficultés énergétiques des individus et des ménages sont mises sur le devant de la scène. L’inégale capacité à faire face aux factures d’énergies et aux dépenses de carburants est soulignée d’une part par la problématisation par l’action publique et sociale du phénomène de « précarité énergétique » et d’autre part par l’expression de ces difficultés lors de mouvements sociaux contemporains (mouvements des « Gilets jaunes », mouvement des agriculteurs, etc.). Par ailleurs, les pratiques de chauffage, de rénovation énergétique et les mobilités quotidiennes sont devenues centrales face à l’enjeu climatique.

Dans le cadre de ma thèse, je reviens sur la façon dont les vulnérabilités énergétiques s’inscrivent dans les inégalités liées au logement. Les recherches sur la vulnérabilité tendent à se focaliser sur les caractéristiques du logement (pratiques théoriques) ou sur les dépenses (pratiques réelles). Or cette recherche tend à montrer que le rapport à la propriété et l’accumulation patrimoniale des ménages jouent un rôle prépondérant dans leur « solvabilisation énergétique » et, ce faisant, dans leur non-exposition à la vulnérabilité énergétique. À l’inverse, l’absence de telles ressources affaiblit la capacité des ménages à investir (dans) leur logeme

nt (notamment en matière de confort thermique) et augmente leur sensibilité au coût de la mobilité. Cette présentation reviendra sur les premiers résultats se dégageant de l’enquête en esquissant une typologie des ménages face aux vulnérabilités énergétiques.

Ce travail s’appuie sur une méthodologie mixte en mobilisant les données issues d’un questionnaire et d’un corpus d’entretiens auprès de ménages ayant déménagé. Le déménagement est une phase clé correspondant à l’investissement d’un nouveau logement et, éventuellement, à la reconfiguration de leurs mobilités quotidiennes. Pour ce faire, trois départements littoraux de la région de Nouvelle-Aquitaine aux dynamiques hétérogènes ont été étudiés pour dresser un éventail des parcours résidentiels. Ces dynamiques posent des questions en matière d’abordabilité du logement qui s’intersectent avec le phénomène de vulnérabilité énergétique. Je complète cela par des analyses statistiques de bases de données spatialisées (BDNB, Filosofi, DVF, etc.) pour donner le contexte dans lesquelles ces parcours s’inscrivent.

Prochain séminaire : 15 mars 9h30-12h30 : Salle 3.02 Centre de colloques

  • Adèle Esposito : Territoires en transition le long du Corridor Economique de l’Est en Thaïlande.
  • Manuelle Franck (professeure, INALCO) et Nathalie Lancret (directrice de recherche, CNRS-CASE) : « Ibu Kota Nusantara (IKN), un nouveau modèle de capitale en Indonésie ? Processus, discours et planification ».
  • Discussion : Charles Goldblum, Professeur Émérite, Université Paris VIII, spécialiste des politiques urbaines et des questions de développement urbain en Asie du Sud-Est