De l’exil à l’errance. La présence des exilés dans les espaces urbains de Paris et de Rome entre autonomie et contrôle.
Annaelle Piva (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne / Université Laval de Québec / Géographie-cités) soutiendra sa thèse de doctorat intitulée « De l’exil à l’errance. La présence des exilés dans les espaces urbains de Paris et de Rome entre autonomie et contrôle » et réalisée sous la direction des professeures Danièle Bélanger et Nadine Cattan dans le cadre d’une cotutelle entre l’Université Laval de Québec et Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Vendredi 10 janvier
14h00
Auditorium de l’Humathèque
Campus Condorcet
10, cours des Humanités
93322 Aubervilliers
Jury
Danièle Bélanger – Professeure titulaire – Département de géographie, Université Laval – Co-directrice
Nadine Cattan – Directrice de recherche CNRS – UMR Géographie-cités – Co-directrice
Olivier Clochard – Chargé de recherche CNRS – Laboratoire Migrinter – Examinateur
Pamela Colombo – Professeure agrégée – Département de Sociologie, Université Laval – Examinatrice
Laurent Faret – Professeur des universités – Université Paris Cité – Rapporteur
Antoine Fleury – Chargé de recherche CNRS – UMR Géographie-cités – Examinateur
Bénédicte Michalon – Directrice de recherche CNRS – UMR Passages – Rapporteure
Pour assister à la soutenance de thèse, contacter : annaelle.piva@parisgeo.cnrs.fr
Résumé
La thèse a pour objet d’étude l’errance des exilés dans les espaces urbains de Paris et Rome. Dans un contexte de sécuritisation et de durcissement des politiques migratoires européennes mais aussi de crise du logement et d’un manque structurel d’hébergements en France et en Italie, de nombreux exilés vivent des expériences de sans-abrisme à différentes étapes de leurs trajectoires. Entre 2015 et 2020, d’imposants campements d’exilés sont installés dans les espaces urbains parisiens et un campement à proximité de la gare de Tiburtina à Rome perdure dans le temps.
La thèse est issue d’une ethnographie de quatre ans, menée entre 2018 et 2021, dans les campements parisiens et romains, des squats, des lieux de sociabilités quotidiennes des exilés en ville, mais aussi au sein de collectifs ou d’associations aidant les exilés vivant à la rue. Elle appréhende l’errance comme la mobilité produite par l’achoppement de l’autonomie des personnes exilées sur les dispositifs de contrôle mis en œuvre à différentes échelles, tant par les politiques migratoires européennes et nationales que par les politiques de gestion de l’indésirabilité en ville. Cette confrontation de l’autonomie et du contrôle reconfigure les trajectoires des personnes exilées et impacte leurs pratiques spatiales ainsi que les relations qu’ils sont en mesure de nouer. La thèse tente d’ouvrir la « boîte de noire » de ces reconfigurations et de l’expérience éminemment spatiale de l’errance en passant par le prisme des espaces urbains de Paris et de Rome afin de comprendre comment se construit l’autonomie des personnes exilées « en route » et à quelles limites elle se heurte. Réciproquement, elle analyse les modalités de contrôle de la présence des exilés à l’échelle urbaine et la manière dont elles produisent des mobilités et un rapport à la ville spécifique.
À la croisée des études migratoires et urbaines, mettant en dialogue les travaux sur le sans-abrisme et ceux portant sur les trajectoires migratoires et leurs infrastructures relationnelles, les résultats de la thèse mettent en lumière des infrastructures d’arrivée différenciées et la prépondérance d’un accueil réalisé par le bas par les personnes exilées et les acteurs de l’aide. Ils montrent aussi l’importance de l’autonomie relationnelle pour penser la reconfiguration des réseaux d’acteurs qui permettent aux personnes migrantes de faire face aux blocages liés aux politiques de contrôle de leurs mobilités et de leur présence.

Campement de la Porte de la Chapelle, 22 mars 2019 . ©Patrick Garrigue pour Solidarité Migrants Wilson.

