Fabriques de l’urbain

Balade urbaine dans la cité-jardin du Plessis-Robinson, 2023 © Antoine Fleury
Contacts : Antoine Fleury et Juliette Maulat
Au croisement de la géographie et de l’urbanisme, cette transversalité explore les processus de production, de transformation et d’appropriation des espaces urbains en examinant conjointement l’action collective et les pratiques spatiales.
La fabrique de l’urbain est abordée par un grand nombre de chercheuses et de chercheurs au sein des trois équipes de l’UMR Géographie-cités, mais selon des angles différents. Certains la voient comme un processus projeté, voire planifié, porté par des acteurs collectifs disposant d’un pouvoir sur l’espace, tandis que d’autres l’envisagent plutôt comme résultant des pratiques spatiales, individuelles comme collectives. La transversalité s’appuie sur ces compétences et approches variées, au croisement de différents courants de la géographie et de l’urbanisme, pour aller plus loin dans l’exploration des processus complexes de transformation, de gestion et d’appropriation de l’espace urbain.
L’objectif de cette transversalité est triple :
- accompagner et susciter les dynamiques collectives autour de différents thèmes ayant trait à la fabrique de l’urbain ;
- favoriser l’interconnaissance entre chercheur·ses travaillant sur l’urbain, et ce faisant l’acculturation réciproque aux approches de chacun·e ;
- enfin, faire circuler l’information sur les recherches touchant à fabrique de l’urbain à l’intérieur de l’UMR et les rendre visibles à l’extérieur.
Depuis 2019, la transversalité s’articule à deux types d’actions collectives : balades urbaines et projets éditoriaux.
D’une part, les balades urbaines permettent de rendre compte et de partager les résultats de recherches in situ, au plus près des acteurices, des usages de la ville et de ses transformations matérielles, qu’il est ainsi possible d’observer mais aussi de sentir et de ressentir. D’autre part, un ouvrage intitulé Les fabriques du Grand Paris (Editions de la Sorbonne, à paraître) a été élaboré entre 2021 et 2024. En s’appuyant sur de nombreux exemples concrets et localisés, il explore la fabrique matérielle et sociale de la métropole parisienne. Son originalité est de saisir la ville en train de se faire, en portant attention aux « grands » comme aux « petits » acteurs de cette fabrique : État et collectivités locales, grandes entreprises, bailleurs sociaux, mais aussi propriétaires-occupant·es, migrant·es, commerçant·es, etc.
Entre 2018 et 2024, les réflexions collectives ont mis l’accent sur les approches théoriques de ces processus et les termes associés (fabrique, production urbaine), ainsi que sur l’importance d’une intégration des dimensions matérielles dans leur analyse. A partir de 2025, trois nouveaux axes de travail ont été définis collectivement :
- mieux intégrer les approches critiques. On se demandera en quoi les processus de fabrique urbaine matérialisent voire reproduisent des inégalités de toutes sortes, en s’intéressant de manière transversale aux espaces de l’habitat, de la consommation, du travail comme aux espaces publics. Si les processus de privatisation et de financiarisation de l’urbain ou encore de recomposition de l’action collective urbaine constituent des chantiers centraux et actuels de la recherche urbaine, leurs effets spatiaux restent encore peu étudiés, de même que les résistances à ces changements. L’entrée proposée par la transversalité – attentive aux effets spatiaux, matériels et sociaux de ces processus – nous semble permettre une contribution spécifique à différents débats théoriques et empiriques en cours au sein des études urbaines.
- déployer une approche plus comparative, en s’appuyant sur la variété des terrains étudiés par les membres de Géographie-cités à l’échelle internationale. La transversalité a vocation à faire progresser les possibilités concrètes de comparaison entre les processus étudiés dans ces différents contextes. On s’interrogera également sur les réseaux et les échanges, y compris à large échelle, dans lesquels s’inscrivent les acteurs de la fabrique urbaine. Il s’agira enfin de favoriser la mise en débat des catégories et des théories par lesquelles la fabrique urbaine elle-même est saisie dans différents contextes, en faisant voyager les concepts pour mieux les déconstruire.
- interroger davantage nos pratiques de recherche. A travers ce dernier axe de travail, étroitement articulé aux deux premiers, l’enjeu est de mener une réflexion collective sur nos méthodes et approches de la fabrique urbaine – en intégrant la question des relations avec les enquêté·es relevant de différentes sphères de la société – mais aussi sur nos pratiques d’écriture et sur nos pratiques de valorisation comme de diffusion des connaissances
Les balades urbaines sont désormais organisées selon des cycles, autour d’une grande thématique annuelle, et combinées avec une ou deux demi-journées de rencontres prenant la forme d’ateliers ou de séminaires. La valorisation de ces cycles thématiques, par exemple sous forme d’articles ou de numéros de revue, est à chaque fois pensée d’emblée, en relation avec les objectifs scientifiques. Ces moments misent également sur le dialogue acteurices-chercheur·ses et peuvent être programmés dans des locaux hors du monde académique afin de faciliter ce dialogue avec un public plus large. La solliciation de chercheur·ses et d’acteurices extra-nationaux vient quant à elle favoriser une mise en perspective comparative des débats.
Un autre chantier concerne la mise en valeur des balades urbaines à proprement parler. Capsules sonores, supports textuels et visuels, documentaire vidéo, plateforme en ligne, guide numérique ou papier, les pistes sont nombreuses. L’enjeu est à la fois de documenter des espaces en transformation, souvent rapide, et de partager ces expériences au-delà des participant-es, auprès d’un public varié : enseignant·es et étudiant·es, mais également acteurices des transformations urbaines ou encore citoyen·nes.

