L’exploitation minière des décharges côtières au Liban
Joëlle Abou-Issa explore dans cet article les conditions d’exploitation des décharges côtières au Liban, où perdure depuis 2015 une crise des déchets.

Circulation de flottes de camions chargés de gravats pour construire les digues à Borj-Hammoud/Jdeydeh et fabrication de blocs en béton armé pour les consolider. Source : 11 septembre 2019. Borj-Hammoud. Photo récupérée auprès de KCC lors d’un entretien réalisé en mars 2021 à Borj-Hammoud/Jdeydeh
Joëlle Abou-Issa s’intéresse à deux remblais édifiés par les autorités sur le littoral de Beyrouth (à Borj-Hammoud/Jdeydeh et à Costa-Brava) qui prolongent sur la mer l’emprise d’anciennes décharges saturées tout en créant de nouvelles réserves foncières. En suivant les flux de déchets et de matériaux de construction enfouis sur le littoral, cet article analyse la manière dont s’étend concrètement la ville sur l’espace côtier.
À partir d’entretiens auprès des acteurs publics et privés et d’une analyse d’images satellites, l’autrice démontre que l’exploitation minière des décharges et la création foncière qui en résulte sont sources d’enjeux politico-économiques qui bénéficient peu à la population locale.
Je pars de l’hypothèse que l’exploitation minière des décharges pour construire des remblais côtiers constitue un lieu d’observation pertinent pour analyser la ville comme une mine urbaine de matières exploitables. Outre la spéculation foncière qui résulte de la création de ces espaces, les remblais offrent aussi une source de profits potentiels pour les filières qui y sont associées, de la collecte à l’industrie de la construction. Cette dernière mobilise de vastes quantités d’agrégats minéraux extraits des zones côtières et terrestres.
Joëlle ABOU ISSA a soutenu sa sa thèse de doctorat en géographie, architecture et paysages intitulée : « Les remblais littoraux au Liban : Entre dérèglements métaboliques, gestion des crises des déchets et flux de matières extraites » et dirigée par Nada CHBAT et Éric DENIS, en décembre 2024.

