Réflexion autour d’une catégorie territoriale à la croisée de la recherche urbaine et de l’action publique

Publié dans le dernier numéro de la Revue d’Économie Régionale & Urbaine, cet article d’Achille Warnant, Enseignant-chercheur contractuel en géographie et aménagement à l’Institut d’Urbanisme et de Géographie Alpine (IUGA) et Associé – jeune docteur à Géographie-cités, est consacré à la définition – moins anodine qu’il n’y parait – de « ville moyenne ». 

Prenant appui sur de nombreux travaux publiés ces dernières décennies, cet article se propose, dans un exercice de synthèse*, de clarifier la notion de ville moyenne – notion dont la définition varie à la fois dans le temps et dans l’espace – en articulant trois dimensions – taille, fonctions, représentations – à partir d’un corpus scientifique, institutionnel et médiatique. Il montre que cette catégorie, bien qu’ancienne et largement mobilisée, demeure floue, oscillant entre critères démographiques variables, rôles territoriaux parfois contradictoires et récits valorisants forgés depuis les années 1970.
L’analyse met en évidence le poids des seuils statistiques, la place centrale attribuée aux fonctions de ville-relais, ville-accueil ou ville-étape, ainsi que la force des images associées à la « ville à taille humaine » ou à la « ville où il fait bon vivre ». En définitive, la ville moyenne apparaît comme une construction hybride, plus politique que scientifique, dont l’usage doit être manié avec précaution afin de ne pas occulter la diversité des réalités sociales, économiques et territoriales qu’elle recouvre.

Représentation schématique de la ville moyenne dans l’armature urbaine française

Représentation schématique de la ville moyenne dans l’armature urbaine française

Enseignements principaux

  1. La ville moyenne n’est pas qu’une catégorie statistique. Si un seuil de 20 000 à 100 000 habitants s’est progressivement imposé, il relève davantage d’un compromis politico-institutionnel que d’un critère scientifique absolument stable. Il existe de fait, comme l’a bien souligné François Taulelle, « presque autant de seuils que de chercheurs ou d’organismes en charge de collecter et de traiter des données sur ces villes ».
  2. Elle est d’abord une catégorie d’action publique. Forgée dans le contexte des politiques d’aménagement des années 1970, elle charrie des fonctions (ville-relais, ville-accueil, ville-étape) qui continuent d’orienter les politiques publiques.
  3. Elle est enfin une construction symbolique. Les figures de la ville « à taille humaine » ou de la ville « où il fait bon vivre » jouent un rôle central dans sa légitimation, mais tendent parfois à lisser des réalités sociales et économiques beaucoup plus contrastées.

L’auteur entend proposer un cadre de lecture articulé autour de ces trois dimensions pour clarifier les termes du débat – à l’heure où un acte 3 d’Action Coeur de Ville semble envisagé.

Warnant, A. (2026). Définir la ville moyenne Réflexion autour d’une catégorie territoriale à la croisée de la recherche urbaine et de l’action publique. Revue d’Économie Régionale & Urbaine, 261(1), 5-30. https://doi.org/10.3917/reru.261.0005.