
Cet article collectif, publié dans la revue Urban Studies et coordonné par Tom Gillespie (University of Manchester) et Glyn Willams (Lund University), auquel a contribué Antoine Gosnet, doctorant à l’UMR Géographie-cités, propose une analyse comparative des reconfigurations de l’action publique en matière de logement abordable à l’échelle mondiale.
Dans un contexte de crise persistante du logement, les États ont progressivement recalibré leur rôle de « facilitateurs » de marché pour adopter des postures plus interventionnistes. Cet article mobilise le concept d’urban statecraft pour analyser la manière dont les acteurs publics s’engagent avec les processus de financiarisation afin de produire du logement abordable, et comment l’État lui-même reconfigure ses pratiques et son organisation.
À partir de travaux qualitatifs menés indépendamment dans chaque contexte urbain, puis mis en dialogue au cours d’une session de la conférence annuelle RGS-IBG, les auteurs proposent un cadre analytique en trois dimensions : les motivations politico-économiques qui poussent les acteurs publics à intervenir dans la production de logements ; les formes d’innovation financière et institutionnelle qu’ils mobilisent ; et les stratégies déployées pour redistribuer et atténuer les risques associés à la financiarisation, dans un contexte où le logement est à la fois actif financier et infrastructure de reproduction sociale.
La comparaison entre six métropoles mondiales révèle que la financiarisation du logement n’est pas un processus linéaire et inévitable, mais reste contingente des formes d’action publique qui médiatisent la tension entre valeur d’usage et valeur d’échange. L’article constitue en ce sens une invitation à approfondir empiriquement la géographie différenciée du rôle de l’État dans la production financiarisée du logement.

