Ce texte s’inscrit dans la série « Geography in the World », nouvelle initiative de la revue en ligne Transactions qui aborde les enjeux et les potentialités actuels de cette discipline. Des géographes travaillant dans différents contextes à travers le monde – Anne-Laure Amilhat Szary, Cheikh Abdoul Ahad Mbacké, Sophie Buhnik, Marine Duc , Juliet J Fall, Marie Gibert-Flutre, Myriam Houssay-Holzschuch, Renaud Le Goix, Laura Péaud, Charlotte Ruggeri – abordent la question des géographies en devenir, selon deux angles (voir résumé ci-dessous).
Résumé
- Premièrement, il y a un déplacement de l’attention de « la géographie dans le monde » vers le « worlding des géographies ». En s’appuyant sur le concept de « devenir-minorité » de Deleuze et Guattari, nous invitons à penser la géographie actuelle de la production des savoirs comme une construction historique, politique et linguistique. Selon nous, si cette construction engendre une domination de la géographie anglophone, cette domination demeure contingente et dynamique.
- Il faut considérer les implications d’une telle hiérarchie : selon leur position, les «géographies du worlding » peuvent renforcer la domination de certains types de géographie (par exemple, blanche, masculine et occidentale).
- En tant que géographes francophones, nous reconnaissons notre position médiane, qui comprend à la fois une domination sur d’anciens espaces coloniaux et une provincialisation, notamment au regard de la production scientifique en langue anglaise. Nous soutenons que le devenir de la géographie doit être envisagé en relation avec nos situations nationales et personnelles, comme un processus dynamique et fortement situé.
- Deuxièmement, en tant que chercheur·e·s et enseignant·e·s en géographie, nous proposons de pratiquer un multilinguisme théorique dans nos concepts, nos pratiques scientifiques et notre enseignement. La langue est essentielle pour ouvrir la géographie au monde, reconnaître la diversité et admettre les différentes manières dont les individus expriment et conceptualisent le monde. Cela implique de porter une attention particulière aux concepts que nous mobilisons et à leurs origines, de considérer des études de cas variées dans nos enseignements, et de reconnaître que le monde est déjà présent dans nos salles de classe.
- En résumé, nous pensons que « Worlding Geography » requiert une prise en compte beaucoup plus approfondie des langues. Cela doit être envisagé comme une praxis combinant théorie et pratique dans l’ensemble de nos activités scientifiques.
Anne-Laure Amilhat Szary, Cheikh Abdoul Ahad Mbacké Ba, Sophie Buhnik, Marine Duc, Juliet J Fall, et al.. Worlding geographies: A question of languages. Transactions of the Institute of British Geographers, 2025, pp.1-8. ⟨10.1111/tran.70039⟩. ⟨hal-05335315⟩

