Penser la socialisation genrée aux espaces publics grâce aux vécus trans
Les personnes trans effectuent une mobilité sociale de genre au cours de leur vie, qui les conduit à vivre une nouvelle socialisation genrée à l’âge adulte. Leurs vécus offrent une perspective d’étude privilégiée sur la socialisation dite « secondaire » ou, du moins, ayant cours tout au long de la vie. Dans cet article, Milan Bonté, maître de conférences en urbanisme à l’Université de Lille et associé jeune docteur à l’UMR Géographie-cités, réinterroge les mécanismes de socialisation genrée aux espaces publics à partir des expériences des personnes trans.
Milan Bonté mobilise les matériaux issus de l’enquête menée durant sa thèse sur les pratiques et représentations des personnes trans dans les espaces publics dans les villes de Paris, Rennes et Londres et leurs périphéries, soit « une quarantaine d’entretiens semi-directifs menés avec des personnes trans dans les trois villes entre 2018 et 2021, ainsi que des journaux de bord, tenus pendant trois jours par une trentaine de participant-e-s, dans lesquelles ils et elles notaient quotidiennement leurs pratiques des espaces publics, puis leurs ressentis« . Le rôle central des violences masculines dans l’incorporation des peurs et des pratiques d’évitement est réaffirmé. La comparaison entre les expériences de personnes trans positionnées différemment dans les rapports sociaux de classe, genre et race informe sur les mécanismes d’une hiérarchisation sociale par et dans les espaces publics. Face à une socialisation masculine et dominante aux espaces publics, l’enquête met à jour de multiples formes de socialisations minoritaires.
Lorsque les personnes trans deviennent des hommes ou des femmes, elles font l’expérience, au sein des espaces publics, d’une modification du niveau de violence auquel elles étaient jusqu’alors confrontées, ce qui conduit à modifier sensiblement leurs représentations et leurs pratiques spatiales. De la comparaison entre parcours Female to Male (ftm) et Male to Female (mtf) [2], la violence masculine émane comme élément principal de la socialisation genrée aux espaces publics : le degré d’exposition aux violences masculines pousse à l’incorporation de pratiques et représentations spatiales dominantes ou subordonnées.

Nuages de mots réalisés à partir des journaux de bord des participant-e-s londonien-ne-s
Bonté, M. (2025). Confinement and Exclusion: Re-Analysing the Geographical Metaphor of the Closet through Trans Experiences of Public Space. ACME: An International Journal for Critical Geographies, 24(2), 183–204. https://doi.org/10.14288/acme.v24i2.2459

