Le pendule de la survie : pratiques socio-spatiales des femmes employées au nettoyage à Istanbul
Ceyda SUNGUR soutiendra sa thèse de doctorat intitulée « Le pendule de la survie : pratiques socio-spatiales des femmes employées au nettoyage à Istanbul », réalisée à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, au sein du laboratoire Géographie-cités, sous la direction de Sylvie FOL et Ségolène DÉBARRE le
24 novembre 2025
Centre des colloques
salle 3.02
Campus Condorcet
93300 Aubervilliers
La soutenance aura lieu en anglais.
Jury
- Nadine Cattan, Directrice de Recherche au CNRS — Présidente du jury
- Ségolène Débarre, Maîtresse de conférences à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne — Directrice
- Işıl Erdinç, Professeure associée à l’Université Libre de Bruxelles — Examinatrice
- Sylvie Fol, Professeure émérite à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne — Directrice
- Jean-François Pérouse, Maître de Conférences HDR à l’Université Toulouse II Jean Jaurès — Rapporteur
- Serge Weber, Professeur à l’Université Gustave Eiffel — Rapporteur
Résumé
La thèse explore la vie quotidienne et le travail des employées de ménage salariées d’une multinationale de la gestion des services à Istanbul. Contrairement au nettoyage domestique, la gestion des services externalisés formalise le nettoyage comme un travail salarié intégré aux chaînes de valeur mondialisées. Les femmes de ménage assurent non seulement l’entretien de leurs propres foyers, mais également celui des espaces collectifs de la ville (bureaux, centres commerciaux, hôpitaux) rendant leur travail indispensable au fonctionnement de l’économie urbaine néolibérale d’Istanbul. L’étude s’inscrit dans le champ de la géographie féministe du travail et de l’ethnographie, en combinant une analyse à dimension macro avec celle des expériences vécues des femmes.
La recherche a été menée entre 2018 et 2023 à travers une enquête de terrain longitudinale auprès de 32 travailleuses, comprenant des entretiens répétés et approfondis avec 12 d’entre elles, complétés par des entretiens en marchant, un dispositif de photographie participative, des enquêtes par questionnaire, ainsi que des entretiens avec des cadres, des représentants syndicaux et d’autres professionnels du secteur du nettoyage. Les résultats montrent comment l’externalisation et la professionnalisation institutionnalisent la précarité par le biais de régimes de contrôle standardisés. Les mobilités épuisantes des femmes, entre lieux de travail, foyers et espaces urbains, rendent visibles les mécanismes cachés de la reproduction sociale sur lesquels repose l’accumulation urbaine. Par ailleurs, leurs pratiques de survie sont relationnelles et situées : ajustement de la visibilité au travail, création de moments d’invisibilité, échanges de gardes d’enfants, et solidarités tacites lors des trajets quotidiens. Ces tactiques illustrent la manière dont l’agentivité émerge dans des conditions contraintes, de façon collective plutôt qu’individuelle, et transformatrice sur le plan spatial. Istanbul apparaît ainsi comme un microcosme du capitalisme global des services, révélant comment les firmes multinationales se développent et s’alignent sur les transformations urbaines, tout en dépendant d’une main-d’oeuvre féminisée, précaire mais indispensable.
Cette recherche contribue à la géographie féministe du travail en mettant au premier plan les récits des femmes et en démontrant que la reproduction sociale et la mobilité constituent des éléments fondamentaux de l’urbanisation contemporaine.

“We are not living in Istanbul. We are just working in Istanbul.”, Source : Serpil, 10/05/2022

