Le cas du collectif Réquisitions

« On va parler de réquisition en France, ça fait peur. […] C’est une loi qui gêne, si on va l’appliquer. Mais qui, qui possède les grands bâtiments à Paris ? C’est pour des banques […] Ça fait peur, ça va rentrer dans des trop gros problèmes. La spéculation c’est des problèmes et pour eux [l’État], ils veulent pas rentrer dans de tels problèmes. » (B., CSP75)

« Les gens, ils ont pas besoin d’avoir plein de règles […]. On est quand même aussi sur l’autogestion […]. On sait très bien que le 115, les structures d’hébergement, c’est strict quand même. C’est une prison hein… » (F., DAL)

 

campement installé par le collectif place des Vosges, le 29 juillet 2021. Réalisation : Oriane Sebillotte, données ethnographiques et photos prise lors de l’occupation, 2021

Campement installé par le collectif place des Vosges, le 29 juillet 2021. Réalisation : Oriane Sebillotte, données ethnographiques et photos prise lors de l’occupation, 2021

Dans un contexte de tension autour de la question du logement, d’hébergements en quantité insuffisante par rapport à la demande et d’une crise de l’accueil des exilés, on observe la présence d’un nombre important de personnes à la rue à Paris. Ces personnes recourent à des solutions temporaires et souvent informelles pour habiter la ville et ces dernières font l’objet de différentes modalités de régulations . L’évacuation d’un campement d’exilés à Saint-Denis, le 17 novembre 2020, en est un exemple significatif qui se termine par la dispersion violente de 500 à 1 000 personnes. En réaction, certains des exilés et leurs soutiens décident d’occuper la place de la République, le 23 novembre 2020. La répression qu’ils subissent est largement médiatisée, imposant la question dans le débat public.

Oriane SEBILLOTTE et Anaëlle PIVA, membres de Géographie-cités, ont publié dans la revue Justice spatiale / Spatial justice (JSSJ) un aperçu de l’enquête ethnographique qu’elles ont mené au sein du collectif Réquisitions. Pendant un an, elles ont réalisé « des observations participantes lors des réunions et des actions permettant leur analyse multisituée ainsi que sur des entretiens semi-directifs menés auprès de membres de l’équipe organisatrice« .

Nous examinons comment les actions du collectif constituent un territoire de lutte pour le droit au logement à Paris, perturbant l’ordre sociospatial (Dikeç, 2002). Puis, nous étudions comment se négocie l’appropriation de ce territoire (Ripoll et Veschambre, 2005), et les modalités de son contrôle par les pouvoirs publics, notamment au prisme de la notion de démobilisation (Baby-Collin et al., 2021 ; Tilly et Tarrow, 2008) afin de saisir comment l’encadrement institutionnel des contestations participe à façonner leurs géographies. Dans ce raisonnement, le territoire désigne avant tout le produit de l’appropriation physique ou symbolique – même temporaire – d’un espace (Raffestin, 2019 [1980]), et est le produit d’un rapport de force.

oriane-sebillotteOriane Sébillotte est doctorante en géographie à l’EHESS au sein du l’UMR Géographie-cités. Sa thèse en cours porte sur : « L’informalisation de l’accueil des migrants. Trajectoires résidentielles aux marges du Grand Paris ». Elle co-préside depuis 2019 l’association Paris d’Exil.

 

Annaelle PivaAnnaelle Piva (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne / Université Laval de Québec / Géographie-cités) a soutenu sa thèse de doctorat intitulée « De l’exil à l’errance. La présence des exilés dans les espaces urbains de Paris et de Rome entre autonomie et contrôle » en janvier 2025.  Cette thèse a été réalisée sous la direction des professeures Danièle Bélanger et Nadine Cattan dans le cadre d’une cotutelle entre l’Université Laval de Québec et Paris 1 Panthéon-Sorbonne.