Mobilités et territoires :
vers une approche relationnelle de l’espace

Le Monde depuis le Spitzberg, 2018 © Nadine Cattan

Contacts : Nadine Cattan, Camille SchmollChristophe Quéva

La mobilité – intégrant les déplacements et tout le potentiel lié à l’intentionnalité, aux arbitrages et aux normes qui les accompagnent – constitue l’un des enjeux majeurs des sociétés contemporaines. Les crises récentes, sanitaires, climatiques, environnementales, sociales ou encore politiques, ont été révélatrices du rôle central que joue la mobilité dans les quotidiens ordinaires ou exceptionnels des individu.es. L’enjeu de la transversalité est d’examiner la façon dont les mobilités structurent et façonnent les territoires et à l’inverse comment les territoires construisent les mobilités.

Trois approches constituent un socle commun, partagé par les recherches menées dans cette transversalité.

  1. L’articulation des niveaux individuel et collectifs permet de placer au centre de la réflexion le jeu des individus et des acteurs dans la fabrique collective des territoires, des villes et des métropoles en particulier.
  2. L’association des représentations des lieux aux pratiques territoriales des populations conduit à intégrer les rapports émotionnel et sensible aux lieux, pour une meilleure compréhension des spatialités.
  3. Est également déployé le croisement des effets réciproques des dynamiques mobilitaires qui se déploient à macro-échelle avec celles qui interviennent à d’autres échelles territoriales en particulier aux échelles urbaines et métropolitaines.

Les objectifs

Trois principaux objectifs peuvent être identifiés pour articuler les mobilités avec une réflexion sur les échelles, les temporalités et l’historicité des pratiques et des représentations, pour faire émerger des éléments de rupture et de continuité qui les caractérisent.

Penser l’espace relationnel

La pen­sée d’une territorialité mobile demeure encore aujourd’hui inachevée. On sait dire ce que devrait être le changement de perspective dans l’appréhension des territoires, mais on ne sait pas totale­ment lui donner sens. Le projet engagé reconsidère le mouvement dans la construction existentielle de l’individu et fait l’hypothèse de lieux et de temps mobiles, où l’appropriation devient une possibilité. Dans une approche critique des catégorisations classiques, il s’agit de donner sens aux situations d’entre-deux. Les enquêtes et statistiques existantes façonnent, dans le champ scientifique comme dans le champ des politiques publiques, une lecture de la mobilité à mettre en débat.

Normes, intentionnalités et contraintes

La dimension normative de la mobilité est interrogée au prisme des arbitrages entre intentionnalité et contrainte pour montrer à quel point la mobilité est à l’origine de recompositions des inégalités socio-spatiales dans ce que nous qualifions d’un droit à la mobilité. Il s’agit de travailler la tension entre mobilité et immobilité à la fois à l’échelle des trajectoires et pratiques individuelles et de leurs modes de régulation, en termes de politiques publiques et de stratégies individuelles. Cette tension est constitutive de toutes les formes de mobilités, qu’il s’agisse des migrations internationales comme de la mobilité urbaine quotidienne.

Au croisement de l’humain et du non humain

À côté des mobilités humaines, d’autres formes de mobilité seront interrogées. Dans le sillage des travaux du mobilty turn, il s’agit d’appréhender la mobilité des objets, des animaux, des informations des savoirs, des idées, ou encore des émotions dans le cadre de leurs interactions avec les mobilités humaines. C’est bien le rôle des « actants » non humains dans les circuits de mobilité humaine qui est ici interrogé. La crise sanitaire récente a ainsi rendu visible la traduction sociale, mais aussi économique et écologique de la mobilité des biens. La figure du colis, par exemple, devient un objet social, longtemps impensé et enfin discuté dans une double perspective : celle de nos « dé-mobilités » (être livré) et celle des circuits de cette livraison et de sa nouvelle sociologie ouvrière.

Méthodologies

Les approches englobantes proposées par cette transversalité permettent de concevoir les systèmes territoriaux qui se fabriquent au croisement de différents types de mobilités, d’une grande variété d’acteurs et de différentes modalités d’action, appréhendées par des méthodes à la fois quantitatives et qualitatives. L’identification des figures géographiques des systèmes de mobilité revêt un intérêt tout particulier en s’inscrivant dans une perspective multi-échelle et multidimensionnelle des déplacements. Une perspective historique met en relief la longue durée des pratiques d’échanges et de mobilités.

Deux projets fédérateurs

1- En continuité : MobiDic – Dictionnaire critique des mobilités en ligne

Lancé en 2020, MobiDic – Dictionnaire critique des mobilités est une publication collective en ligne qui rassemble un grand nombre de chercheur.e.s de Géographie-cités, incluant les doctorant.es et jeunes chercheur.es (plus d’une soixantaine). L’objectif est de rendre compte de l’usage des mots et des notions relatifs à la thématique de la mobilité, ainsi que des controverses et des débats qui animent ces usages. Les définitions sont thématiques et croisées avec la notion de mobilité pour proposer des notices réflexives  sur les concepts, catégories et approches méthodologiques majeures dans l’étude des mobilités. L’idée n’est pas de donner une définition générale des notions de « spatialités » ou d’« espace », par exemple, mais de dire ce que les mobilités font à l’espace et aux spatialités et inversement.

2- En perspective

Un projet de manuel sur les méthodes et les données liées aux mobilités est en cours de réflexion pour décrypter et expliciter les pratiques méthodologiques à toutes les étapes d’une recherche, allant du recueil de données, à leur exploitation, leur analyse, leur visualisation et leur restitution auprès des publics. La question de la mesure de la mobilité sera abordée dans une perspective visant à discuter du rôle de cette mesure dans la définition même de la mobilité dans le champ social et politique.  Les questions éthiques seront également au centre des débats.