Trois membres du laboratoire Géographie-cités ont publié des articles dans un dossier thématique « Occuper l’espace public en Méditerranée » de la revue francophone à comité de lecture « Genre, sexualité & société ». Créée en 2009 par un groupe de jeunes chercheur-e-s en sciences humaines et sociales, cette revue, consacrée à la sexualité et aux questions de genre, se revendique comme un espace de dialogues et d’échanges, ouverte à différentes approches disciplinaires.

Négocier la reconnaissance de sa citoyenneté par le squat

Trajectoire d’un collectif de femmes travailleuses du sexe dans le quartier du Raval à Barcelone

Alizée Lazzarino

À partir d’une réflexion sur la citoyenneté, cet article analyse la trajectoire militante d’un collectif de femmes travailleuses du sexe à Barcelone au travers de leur implication dans des squats (des espaces occupés de manière illégale) non résidentiels à usage collectif. Une enquête ethnographique de neuf mois dans des squats du quartier du Raval fréquentés par des voisin.es et des membres du collectif Putas indignadas, a montré comment ces femmes trouvent dans ces espaces illégaux la possibilité de s’exprimer, de valoriser leurs compétences et de tisser des alliances avec des acteur.rices locaux.ales malgré la criminalisation de leur présence dans la ville en tant que prostituée. Les normes d’accessibilité des squats permettent aux populations marginalisées de se constituer une sphère publique à défaut d’avoir accès à l’espace public. Les squats deviennent alors des lieux où il est possible de faire « acte de citoyenneté ». De cette manière, ils contribuent à favoriser l’intégration des travailleuses du sexe aux dispositifs municipaux de prise de décision politique au sujet de la prostitution, dont elles étaient initialement exclues.

Photographie prise depuis une fenêtre d’un immeuble ancien de la rue d’En Robador avec une vue panoramique sur la rue et les édifices construits depuis les années 2000, Février 2023 ©Alizée Lazzarino

Résister aux normes de l’espace public

Les lieux des minorités sexuelles et de genre à Beyrouth

Jean Makhlouta

Malgré les fortes contraintes sociales et juridiques auxquelles elles font face au Proche-Orient, les minorités sexuelles et de genre ne renoncent pas à un droit à la ville. À travers une enquête ethnographique combinant entretiens semi-directifs et observations participantes, cet article vise à comprendre comment ces populations en position minoritaire et minorisée négocient une place dans la capitale libanaise, Beyrouth. L’analyse porte sur deux cafés-bars, fréquentés au quotidien par des minorités sexuelles et de genre, qui rendent possible la tenue de pratiques de résistance face à des normes qui restreignent leur accès à l’espace public. Ces pratiques se déroulent tant à l’intérieur qu’au seuil de ces lieux, en suivant des modalités et des temporalités spécifiques. L’espace en tant que réalité sociale et matérielle apparaît ainsi comme une ressource pour se ménager un accès à la ville. Cependant, cet accès demeure inégal selon les rapports au genre, à la classe et l’appartenance confessionnelle.

« Je sors fumer parce que je peux le faire. Je sors parce que je refuse de rester cachée. Qu’ils voient toute cette gloire sur les rues de leur ville, qu’ils se rendent compte que c’est aussi ma ville. Je suis toujours fière de sortir en drag et de voir Beyrouth. C’est pendant ces instants-là que j’ai l’impression que Beyrouth c’est moi et que je suis Beyrouth« .
(Alex, non cisgenre et non hétérosexuelle, & 28)

Jean Makhlouta, « Résister aux normes de l’espace public. Les lieux des minorités sexuelles et de genre à Beyrouth », Genre, sexualité & société [En ligne], 32 | Automne 2024 DOI : https://doi.org/10.4000/12xul

Pont du Drac, Grenoble, mars 2023 © Milan Bonté

Prendre place dans l’espace public en tant que minorité

Enquête croisée sur les personnes trans et les femmes musulmanes dans les piscines municipales françaises

Milan Bonté

Dans plusieurs villes françaises, les piscines municipales ont été l’objet de luttes de minorités, qui ont dénoncé une mauvaise accessibilité des équipements. En se fondant sur un cadre d’analyse intersectionnel et en portant attention tant aux dimensions matérielles que symboliques de l’accessibilité des espaces publics, cet article propose de comparer les négociations entre les pouvoirs publics locaux et deux populations pluridiscriminées différant par leur position dans les rapports sociaux de classe, de genre et de race : les personnes trans et les femmes musulmanes. À partir d’une étude des discours portés par les protagonistes de négociations menées à Paris, Rennes et Grenoble, cet article met en lumière les mécanismes de fabrication de subalternités plus ou moins respectables, et ainsi plus ou moins légitimes dans les espaces publics. Il s’agit, pour les deux publics, de lutter contre une ségrégation compatible avec les idéaux républicains : faire valoir son droit à accéder à la piscine, c’est négocier sa place au sein de la société.

Milan Bonté, « Prendre place dans l’espace public en tant que minorité : enquête croisée sur les personnes trans et les femmes musulmanes dans les piscines municipales françaises », Genre, sexualité & société [En ligne], 32 | Automne 2024. DOI : https://doi.org/10.4000/12xua