1ère de couvertureJeunes femmes et maires en ruralité : moteurs et freins de l’engagement

Achille Warnant, docteur en géographie, chercheur associé au sein de l’UMR Géographie-cités et conseiller scientifique au GIP EPAU a conduit, dans le cadre de la Caravane des ruralités, une enquête sur celles qui « ouvrent la voie » : ces jeunes femmes devenues maires de villages ou de petites villes à 30 ans ou moins, qui pourraient, pourquoi pas, en inspirer d’autres dans quelques mois.

Cette enquête, conduite entre janvier 2024 et juillet 2025, a été présentée pour la première fois lors du congrès de l’Association des maires ruraux de France (AMRF, 26-28 septembre 2025). Elle s’attache à documenter ce qui motive l’engagement de ces femmes et les obstacles qu’elles rencontrent au quotidien, à quelques mois du prochain scrutin et alors que certains s’inquiètent d’une pénurie de candidats.

Ce travail de recherche s’appuie sur une vingtaine d’entretiens, sur les travaux d’autres chercheurs, ainsi que sur les données du Répertoire national des élus. Elle s’accompagne d’un reportage photographique  réalisée par Ophélie Loubat, qui a documenté le quotidien de trois de ces jeunes élues : Marion Houetz, Laurine Gillot et Ophélie Brun.

Ce rapport de recherche part d’un constat connu : près de 2 200 maires ont quitté leur fonction depuis leur élection en juillet 2020. Comme le rappelle Martial Foucault, en l’espace de 3 mandats, le nombre annuel moyen de démissions de maires a été multiplié par 4.
Le choix de focaliser l’étude sur ce public spécifique (et très restreint) tient au fait que ces élues cumulent 3 caractéristiques – être jeunes, femmes et élues rurales – qui, prises séparément, influencent déjà fortement les conditions d’exercice du mandat, mais qui, combinées, peuvent générer des contraintes encore plus fortes, dans une logique cumulative.

À l’arrivée, plusieurs constats. Parmi les 34 885 maires en 2020, ceux âgés de 30 ans ou moins n’étaient que 238 – soit 0,78 %, alors que cette tranche d’âge représente 15 % de la population. Sur ces derniers, 180 sont maires de communes rurales… et sur ce total, seules 35 sont des femmes. Leurs profils diffèrent sensiblement du reste des élus : Les trois quarts occupent des postes relevant des professions intermédiaires ou employées.
Comme leurs homologues masculins, elles témoignent d’un fort attachement à leur territoire, ont souvent une expérience associative préalable, et pour beaucoup, un parent ayant occupé des fonctions électives. Bien souvent, « on » est venu les chercher. Mais leur engagement se heurte à plusieurs freins : une charge de travail considérable (d’autant qu’elles assument encore largement les tâches domestique), le manque de moyens des petites communes, ou encore le sexisme et la condescendance de certains collègues. La jeunesse, enfin, symbolise le renouveau, mais ouvre aussi la voie à des procès en « inexpérience ».

Achille Warnant, linkedin

La Caravane des ruralités est un dispositif itinérant de recherche et de valorisation opéré par l’Europe des projets architecturaux et urbains (GIP EPAU). Elle parcourt les territoires ruraux pour documenter leurs dynamiques, mettre en lumière leurs initiatives et favoriser le dialogue entre élus, chercheurs, acteurs locaux et nationaux. Chaque étape associe production de connaissance, restitutions publiques et valorisation sensible (photographie, illustration, vidéo). En complément, la Caravane des ruralités développe des diagonales : des enquêtes thématiques menées sur plusieurs territoires au fil du parcours, qui permettent d’explorer en profondeur un sujet précis et transversal.
L’enquête sur les jeunes femmes maires en ruralité, conduite entre janvier 2024 et juillet 2025, constitue ainsi la première diagonale de la Caravane des ruralités.

Warnant A., Celles qui ouvrent la voie. Jeunes femmes et maires en ruralité : moteurs et freins de l’engagement, Rapport de recherche conduit dans le cadre de la Caravane des ruralités, 2025, 52 p.