Entre l’image médiatique et politique de l’État-nation comme une forteresse assiégée que les politiques migratoires viseraient à protéger, et une vieille tradition de « nationalisme méthodologique » chez les géographes, les projets migratoires ont tardé à être pensés depuis le sens qu’ils ont.

Entretien avec Camille Schmoll, Géographe, enseignante à l’Université de Paris et membre du laboratoire Géographie-cités et IC Migrations dans l’émission Va savoir animée par Chloé Leprince sur France Culture, le 14 octobre.

« Une des raisons du décalage entre, d’un côté, les dynamiques migratoires, et de l’autre, le discours et les politiques migratoires, c’est que ces politiques migratoires sont conçues avec l’illusion qu’on a un cadre national dans lequel les personnes seraient contenues. Ce qui n’est absolument pas le cas des dynamiques migratoires qui fonctionnent en dehors d’un cadre national ou pas seulement dans un cadre national. Ce cadre national-là permettrait soi-disant d’imprimer sur les migrations une immobilisation des personnes. Or en réalité, les personnes vivent en dehors des politiques migratoires. Elles ont leurs propres intentions, leurs propres projets, elles ont leurs relations, elles ont leur vie. Elles se projettent dans l’avenir, elles agissent au quotidien. Et pourtant, parce que c’est rentable électoralement et que les étrangers ne votent pas, on a cette illusion de pouvoir agir sur la vie des personnes en simplement en imprimant sur ces personnes un cadre politique répressif. »

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