L’UMR Géographie-cités soutient les trois récentes motions de la section 23 du Conseil National des Universités
L’UMR Géographie-cités soutien les trois récentes motions de la section 23 du Conseil National des Universités, la première sur les conditions de travail, la seconde sur les questions de financement de l’ESR, et la troisième contre les attaques politiciennes contre la science.
Motion n°1
La section 23 (Géographie) du Conseil National des Universités, réunie à l’occasion de la session de qualification du 9 au 12 mars 2026, tient à alerter de nouveau et fortement l’ensemble de la communauté sur la souffrance au travail généralisée dans le monde de l’ESR.
En tant que section, nous nous inquiétons d’une généralisation des formes d’épuisement, de burn-out, et plus généralement de la dégradation systémique de nos conditions de travail. Cette situation qui s’aggrave touche tous les personnels, et encore plus les personnels précaires de l’ESR. Elle va de pair avec la dégradation des conditions d’étude des étudiant.es.
Le manque de reconnaissance et de soutien de l’institution ainsi que la perte de sens dans la réalisation de notre métier se déclinent en plusieurs points articulés les uns aux autres :
– La course permanente à l’excellence et à la compétition scientifiques, accompagnée d’une vision bien souvent court-termiste du travail scientifique ;
– L’accumulation des responsabilités et charges administratives ;
– Le manque de postes, qui s’accompagne d’une augmentation des heures complémentaires ;
– La difficulté d’évolution de carrière, liée notamment à une baisse continue des contingents de semestres de CRCT et supports d’avancement ;
– Le manque de prise en considération des situations individuelles (arrêts maladie, handicap, situation d’aidant.e, entre autres).
Nous constatons des formes d’inégalités importantes entre les sites d’exercice et les statuts qui, localement, peuvent encore accentuer ces formes de souffrance.
La section appelle les collègues à se saisir de toutes les formes possibles de mobilisations, luttes et revendications pour une amélioration rapide et massive de nos conditions de travail et soutient les mouvements en cours.
Motion n°2
La section 23 (Géographie) du Conseil National des Universités, réunie à l’occasion de la session de qualification du 9 au 12 mars 2026, tient à alerter sur l’insoutenable exacerbation du sous-financement de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Depuis 2007, la part du budget consacré à l’enseignement supérieur et à la recherche dans le budget général de l’État n’a cessé de baisser. Dans le même temps, le nombre d’étudiant·es inscrit·es dans l’enseignement supérieur public a progressé de 19 %. C’est l’équivalent de la taille moyenne de 10 universités qui auraient dû être construites soit l’équivalent de 30 000 agent·es qui auraient dû être recruté·es dont 15 000 enseignant·es et enseignant·es-chercheur·es, plutôt que de favoriser les formations supérieures privées. Au contraire, sur cette période nous avons perdu 900 emplois d’enseignant·es-chercheur·es et le nombre total d’enseignant·es titulaires et contractuel·les a baissé de 4 %, quand les emplois BIATSS se sont massivement précarisés. 160 000 vacataires travaillent actuellement dans nos établissements. Partout, les chiffres montrent des campagnes d’emploi amputées, des suppressions de postes, des non-renouvellements de contrats, une réduction des capacités d’accueil et de l’offre de formation, un gel des crédits de fonctionnement, une baisse des crédits récurrents des unités de recherche et une détérioration plus large des conditions matérielles de travail et d’étude. Les étudiant-es ressortissant-es de pays hors Union européenne en subissent tout spécialement les effets à ce stade, avec la hausse de leurs frais d’inscription, qui en présage d’autres. S’ajoutent à cela le gel du point d’indice qui se prolonge et une paupérisation des personnels qui s’installe, à l’image de la situation des collègues ATER. Et s’y additionnent tous les mécanismes de mise sous pression budgétaire : appels à projets, COMP 100% missions…
La section 23 s’élève contre cette dynamique délétère d’enlisement dans la pénurie. Combinée aux injonctions à dégager envers et contre tout des ressources propres, cette dynamique engage une mise au pas et en pièces du service public de l’université. La section appelle urgemment à assurer un avenir à la jeunesse, à notre communauté et à l’émancipation de la société et des territoires par l’enseignement et la recherche. Elle soutient pleinement les luttes en cours dans nos établissements et invite à multiplier les initiatives à ce sujet.
Motion n°3
La section 23 (Géographie) du Conseil National des Universités s’alarme des attaques récurrentes contre le monde universitaire, visant à disqualifier les sciences humaines et sociales, dont la géographie. Le discrédit jeté sur des recherches indépendantes, dont les résultats sont évalués, débattus et vérifiés, constitue une grave atteinte à la production et à la diffusion des savoirs comme bien commun au cœur du projet démocratique. La dégradation du débat public en est un symptôme préoccupant. Dans un contexte de montée des idées d’extrême droite qui saturent le champ médiatique en France comme à l’étranger, la section CNU 23 dénonce les intimidations et discours visant à réduire au silence les forces critiques, les pensées de progrès et les engagements antifascistes.Elle s’oppose fermement à la circulaire cosignée par les ministres de l’Enseignement supérieur et de l’Intérieur, qui autorise l’interdiction de conférences ou de débats universitaires au nom d’un hypothétique « risque de troubles à l’ordre public ». Reprises par certaines présidences d’université, ces dispositions constituent une atteinte inacceptable aux libertés académiques. La section CNU 23 réaffirme que l’université doit demeurer un espace d’échanges libres, de débats ouverts et de résistance intellectuelle face à toute tentative de censure ou de normalisation idéologique.

