Le cas du Texas et du Nouveau-Mexique
Dans un contexte de politiques restrictives en matière de droit à l’avortement aux États-Unis, les mobilités des femmes pour avorter représentent une stratégie spatiale de contournement et une ressource pour accéder aux cliniques depuis des États l’interdisant, comme le Texas, Lucie Jaouen, doctorante à Géographie-cités, analyse dans cet article publié dans l’Espace politique, comment les mobilités pour avorter révèlent et reproduisent des injustices socio-spatiales d’accès aux lieux d’avortement.

Lieux d’avortement des Texanes en 2023 © Lucie Jaouen 40 % des Texanes ont avorté au Nouveau-Mexique en 2023, contre 3 % en 2020
Se déplacer pour avorter renvoie à la capacité d’agir des femmes (agency) : elles reprennent le contrôle de leur corps pour accéder à un lieu où l’avortement est légal. Toutefois, ces mobilités se caractérisent par leur ambivalence : à la fois une ressource pour les femmes résidant dans un État restrictif, elles sont aussi une contrainte car elles renforcent des inégalités qui se cumulent (sociales, raciales, spatiales). Les femmes déploient ainsi des stratégies spatiales pour s’affranchir des entraves politiques qui portent atteinte à leur autonomie procréative et à leur santé.
Lucie Jaouen dans cet article étudie l’avortement sous le prisme des mobilités, en s’intéressant à la dialectique ressources-contraintes et en enrichissant la notion d’agentivité en géographie féministe et sociale. Elle a mobilisé pour cette étude une méthodologie mixte fondée sur une analyse des données existantes et sur un matériau empirique (entretiens avec des patientes et le personnel médical des cliniques).
Je mobilise ainsi une approche géographique de l’avortement, afin d’étudier les mobilités liées à ce service de santé et les conditions de leur réalisation. Dans un contexte de remise en cause de l’accès au droit à l’avortement, quelles sont les pratiques spatiales des femmes pour avorter ? Comment cela s’exprime-t-il dans leurs corps ? Dans quelle mesure l’agentivité permet-elle de contourner les interdits politiques et de retrouver une autonomie corporelle ? L’article vise à souligner les conséquences spatiales d’entraves politiques à l’accès aux cliniques d’avortement qui portent atteinte à l’autonomie procréative et à la santé des femmes. L’une de ces conséquences est l’accentuation des mobilités pour avorter entre deux États politiquement opposés, le Texas (républicain) et le Nouveau-Mexique (démocrate). Ces mobilités sont paradoxalement des ressources et des contraintes pour les femmes, qui tentent de se soustraire au pouvoir réactionnaire et coercitif qui s’applique sur leur corps.
Lucie Jaouen, « Du corps des femmes aux cliniques d’avortement : mobilités contraintes, mobilités négociées », L’Espace Politique [En ligne], 58 | 2026-1, 2026 DOI : https://doi.org/10.4000/16gcg
Lucie Jaouen est chargée d’enseignement à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne où elle prépare un doctorat sur les mobilités liées à l’avortement aux Etats-Unis.sous la direction de Céline Vacchiani-Marcuzzo, membre de Géographie-cités.

