L’épreuve institutionnelle de l’accès à l’habitat coopératif au Québec

Cet article de Chloé Reiser, Associée – Jeune docteure à l’UMR Géographie-cités et Catherine Héon Cliche analyse l’effet du désengagement public en matière de logement sur l’accès des ménages à faible revenu aux coopératives d’habitation au Québec, dans un contexte marqué par le sous-financement chronique de l’habitat communautaire et la fin des conventions fédérales au Canada.

S’appuyant sur une recherche doctorale consacrée aux trajectoires résidentielles des familles migrantes à faible revenu à Montréal, il met en lumière les obstacles auxquels ces ménages sont confrontés pour intégrer une coopérative d’habitation. L’article examine d’abord, dans un contexte de crise du logement, l’expérience de l’épreuve institutionnelle du processus de sélection pour les personnes requérantes. Il propose ensuite une réflexion sur la difficile compatibilité entre l’objectif de mixité sociale des coopératives et leur vocation d’inclusivité. Enfin, il explore le rôle du tiers-secteur dans la gestion des situations de précarité socio-résidentielle et sa responsabilité dans la mise en œuvre des politiques de logement.

Extrait

« Excuse-moi, mais t’as peu de chances ! » (mai 2017). En effet, comme l’exprime cette gestionnaire d’OSBL, malgré l’importance des besoins en logement abordable au Québec, l’accès à une unité en coopérative est loin d’être garanti pour tous les ménages. L’examen des diverses épreuves institutionnelles qui conditionnent l’accès aux coopératives montre les fortes tensions sociales existant au sein de la gouvernance des coopératives qui s’expliquent en partie par le manque de financement auxquelles elles font face. Ces fortes contraintes économiques contribuent à la production d’une nouvelle forme de filtrage social qui s’actualise via le fonctionnement ordinaire des coopératives d’habitation. L’institution coopérative et les exigences de sa gouvernance contribuent à (re)produire de nouvelles frontières sociales, entre des ménages considérés comme de bons membres-locataires, et d’autres estimés mauvais.

Ces nouvelles frontières s’opposent au principe de mixité sociale, pourtant à l’origine de la formule coopérative au moment de son institutionnalisation. Elles émergent car cet appel à la sélection socialement équilibrée des ménages est un principe fondateur qui manque de précision. À ce propos, nous rejoignons les idées de Simon (2003) et Tissot (2011), pour qui les politiques de mixité sociale tendent à générer des pratiques de sélection discrétionnaires allant souvent à l’encontre des intentions inclusives des acteurs.

Chloé Reiser et Catherine Héon Cliche, « « Excuse-moi, mais t’as peu de chances ! » L’épreuve institutionnelle de l’accès à l’habitat coopératif au Québec », Norois [En ligne], 275 | 2025 DOI : https://doi.org/10.4000/15bw8