« La terre, elle, ne ment pas. » Ces mots bien connus, valant slogan de la « Révolution nationale », ont longtemps fait croire que les géographes français avaient trouvé un terreau favorable dans le régime de Vichy, comme semblait le montrer sa décision de créer la licence et l’agrégation de géographie.
Pourtant, si certains d’entre eux ont bien été proches des structures issues de la défaite française, par idéologie, par autoritarisme institutionnel et technocratique ou encore par opportunisme, d’autres – sans doute plus nombreux – ont été des opposants plus ou moins déclarés et engagés, parfois même d’ardents résistants ou des victimes de l’extrême violence de la Seconde Guerre mondiale.
Ces cas individuels, dans leur diversité, incarnent, chacun à sa manière, une discipline alors beaucoup plus riche et active qu’on ne le pense généralement, où le ruralisme et le régionalisme coexistaient avec des courants de pensée dynamiques développant des logiques de spatialité et de mondialité étrangères à la pensée vichyste ou au nazisme, où les idées les plus controversées (comme la « géopolitique » ou l’« espace vital ») étaient discutées voire déconstruites, où des circulations et des réflexions paradoxalement favorisées par le conflit menaient vers des ailleurs et des exils intérieurs et extérieurs, porteurs d’une modernité fructueuse pour la seconde moitié du XXe siècle.
Ce livre est dirigé par trois spécialistes de l’école française de géographie, Nicolas Ginsburger, Marie-Claire Robic, Jean-Louis Tissier, associés au laboratoire Géographie-cités au sein de l’équipe Epistémologie et histoire de la géographie, qui ont réuni un collectif de quinze auteurs ouvrant sur des horizons de recherche internationaux.

Commander Nicolas Ginsburger, Marie-Claire Robic, Jean-Louis Tissier (Eds). Géographes français en Seconde Guerre mondiale. Éditions de la Sorbonne, 2021, 446 p.