Dans le premier chapitre de l’ouvrage « Centralités et hiérarchies des réseaux et des territoires » publié aux Éditions ISTE Marion Maisonobe, chargée de recherche au CNRS au sein de l’UMR Géographie-cités, discute l’écart observé entre la hiérarchie des villes sous l’angle de leurs activités de recherche et la hiérarchie urbaine traduite par la distribution de la population. 

Quelles sont les logiques spatiales de développement des activités de recherche ? À l’échelle d’un pays donné, dans quelle mesure la répartition des activités de recherche est-elle dépendante de la hiérarchie urbaine ? Les principaux centres urbains sont-ils aussi des centres scientifiques ? Observe-t-on une relation entre la taille des villes et le type d’activités scientifiques qui s’y développe ?

En faisant le point sur la diversité des savoirs existants sur ce sujet en sciences sociales, en travaillant à décortiquer les termes utilisés et en prenant pour terrains d’étude le cas des systèmes de recherche contemporains français et britanniques, ce chapitre de Marion Maisonobe propose d’éclairer les déterminants spatiaux des activités de recherche et les raisons de la surreprésentation de ces activités dans certaines catégories de villes. Il met ainsi en lumière les facteurs permettant d’expliquer, au niveau national, l’écart observé entre la hiérarchie des villes sous l’angle de leurs activités de recherche et la hiérarchie urbaine traduite par la distribution de la population.

En prenant le cas des systèmes français et britanniques, il montre que la géographie de la production scientifique est fonction de la répartition des effectifs académiques et qu’à effectif donné, les villes les plus peuplées ne sont pas plus scientifiquement productives que les autres. Quelques spécificités disciplinaires sont identifiées : la médecine apparaissant concentrée dans les plus grandes villes contrairement aux sciences humaines et sociales dont le degré de concentration varie selon les systèmes nationaux de recherche.

Marion Maisonobe. Géographie des activités de recherche et hiérarchies urbaines. Julie Fen-Chong; Cécile Tannier. Centralités et hiérarchies des réseaux et des territoires, ISTE Editions, pp.109-138, 2026, Encyclopédie SCIENCES, 9781789492187. ⟨hal-05491906⟩

tableau: Relation entre la production académique, la population urbaine et les effectifs de recherche par agglomération urbaine au Royaume-Uni

Relation entre la production académique, la population urbaine et les effectifs de recherche par agglomération urbaine au Royaume-Uni

Centralités et hiérarchies des réseaux et des territoires

Les données numériques, la théorie des graphes et la modélisation spatiale ont profondément renouvelé l’analyse des notions de centralité et de hiérarchie dans une grande diversité de contextes géographiques.

Centralités et hiérarchies des réseaux et des territoires, sous la direction de Julie Fen-Chong (Université Bourgogne Europe) et Cécile Tannier (CNRS, Université Marie et Louis Pasteur),  met en lumière ces concepts au sein des réseaux et des territoires, à différentes échelles, dans des temporalités variées et à travers de multiples phénomènes sociospatiaux. À l’échelle individuelle, l’ouvrage montre comment la téléphonie mobile et les réseaux sociaux offrent un regard inédit sur les centralités et hiérarchies de l’espace urbain, dans une temporalité courte et circonscrite. L’étude de réseaux matériels et immatériels (écologiques, médiatiques, scientifiques) révèle leur rôle essentiel dans l’organisation des systèmes spatiaux. Des indicateurs adaptés permettent de mettre en évidence et de mesurer les centralités et hiérarchies, qu’il s’agisse d’écosystèmes locaux ou régionaux, de l’espace médiatique international ou encore de la production scientifique mondiale. Enfin, l’ouvrage théorise, dans le temps long, les processus territoriaux à l’origine de la construction de ces centralités et hiérarchies.

Centralités et hiérarchies des réseaux et des territoires. Sous la direction de Julie Fen-Chong, Cécile Tannier. Encyclopédie Sciences. ISTE, 2026, 282 p.

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Marion MaisonobeAu sein de l’équipe PARIS de Géographie-cités, Marion Maisonobe sonde la dynamique des réseaux de chercheuses et de chercheurs dans différents domaines, et leurs effets sur la circulation des connaissances, les relations internationales, l’organisation des politiques scientifiques nationales. Ses recherches s’inscrivent dans les champs de la géographie des sciences et de la  scientométrie spatiale, des domaines en émergence portant sur la dimension spatiale de la production et la diffusion des savoirs scientifiques. Elle a, plus récemment, investi la question des sciences de terrain et des sciences de l’environnement. Ses travaux, qui contribuent au renouvellement des objets de l’analyse spatiale, mettent ainsi à jour la façon dont les activités de collaboration scientifique se déploient entre villes et contribuent à dynamiser les échanges interurbains. Analyser la spatialité des activités scientifiques permet d’interroger différents processus parmi lesquels, le lien entre la reconfiguration des liens de collaborations scientifiques internationaux et les évènements géopolitiques, ou encore l’évolution des pratiques de participation aux conférences internationales.