Trajectoires géographiques et ressources relationnelles dans l’exil

Le « Pont de jouets », situé à Sighetu Marmatiei entre la Roumanie et l’Ukraine, est émaillé de doudous et de peluches disposés à destination des enfants.
Cet article de Catherine Lejeune (Université Paris Cité/IC Migrations), Camille Schmoll (EHESS / Géographie-cités), Ivan Savchuk (Géographie-cités) et Olena Savchuk est paru dans le dernier numéro d’Ethnologie française « La guerre en Ukraine et l’exil » replace des trajectoires d’exil ukrainiennes dans l’économie générale des parentèles des exilés, au cours de la première décennie du conflit russo-ukrainien (2014-2024).
Il s’appuie sur une enquête réalisée auprès de femmes ukrainiennes installées depuis 2022 en Normandie et dans les Hauts-de-France. Quatre aspects essentiels des trajectoires d’exil sont évoqués, pour analyser les reconfigurations relationnelles qu’implique la migration forcée : le départ, dans toute sa brutalité ; les ressources mobilisées durant l’itinéraire d’exil, qui s’appuient sur un continuum compassionnel ; les recompositions des itinéraires, d’une étape à une autre ; enfin, la façon dont l’exil devient le support à de nouvelles arrivées, par un mécanisme de chaîne migratoire.
Extrait
Les trajectoires ukrainiennes recouvrent de nombreuses caractéristiques de l’exil : caractère chaotique et brutal du départ, trajectoires de fuite marquées par l’urgence et la précarité, relation au retour incertaine et fluctuante, déclassement et nostalgie de la vie passée. Mais pour certains aspects, elles se distinguent d’autres expériences largement décrites ces dernières années dans la littérature scientifique. L’accueil exceptionnel – le continuum compassionnel – dont les femmes ukrainiennes ont bénéficié en est l’un d’entre eux. Plusieurs ingrédients interviennent pour comprendre cette exceptionnalité : non seulement le contexte politique spécifique et la dimension genrée de cette migration, mais également sa réversibilité. Des personnes et des êtres qui n’auraient pas survécu dans d’autres contextes de politique migratoire défavorable – qu’il s’agisse de populations âgées et vulnérables ou d’animaux domestiques – ont pu entamer une trajectoire migratoire légale et sûre.
Lejeune, C., Schmoll, C., Savchuk, I. et Savchuk, O. (2025). La « carte de liens » des femmes ukrainiennes. Trajectoires géographiques et ressources relationnelles dans l’exil. Ethnologie française, . 55(3), 19-33. https://doi.org/10.3917/ethn.253.0019.
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Le Gall, G. (2025). Trajectoires familiales ukrainiennes dans l’« entre-deux » : la recomposition des réseaux de parentèle lue par leur mobilisation dans l’exil (2014-2024) Ethnologie française, . 55(3), 35-54. https://doi.org/10.3917/ethn.253.0035.
Ethnologie française « La guerre en Ukraine et l’exil »
Dirigé par Ronan Hervouet et Tatyana Shukan, le dernier numéro d’Ethnologie française : La guerre en Ukraine et l’exil (2025), analyse les exils de plus de 8 millions d’Ukrainiennes et Ukrainiens depuis le 24 février 2022, en travaillant sur des échelles variées, depuis la multiplicité de récits personnels rapportés à la première personne.

