Premières estimations du besoin d’espace pour gérer les flux d’énergie et de matières en Île-de-France

Dans une étude intitulée «La dimension spatiale du métabolisme francilien » publiée par l’agence d’urbanisme de la région, Martial Vialleix, urbaniste spécialiste de l’écologie urbaine & territoriale, Associé à l’UMR Géographie-cités, établit que les activités dites métaboliques occupent 20 600 hectares, soit 1,7 % de la surface de l’Île-de-France.

Ce rapport s’inscrit dans la continuité d’une dynamique régionale et territoriale en faveur de l’économie circulaire, ainsi que des travaux engagés par L’Institut Paris Region depuis les années 2010 sur ce thème, et plus récemment sur la ville productive (Diaz & Guigou, 2025). Son postulat majeur est que le métabolisme d’un territoire doit son fonctionnement à des aménagements, des infrastructures, des lieux, des équipements répartis dans l’espace, qui structurent les volumes ou les quantités de produits, de ressources (eau, énergie, déchets, matériaux…) nécessaires au fonctionnement des activités et des modes de vie de ce territoire. D’une certaine manière, leur bon fonctionnement est essentiel à sa « survie », mais ce mode de fonctionnement est aujourd’hui questionné au regard des enjeux socioécologiques (résilience, circularité, sobriété…).

Il part du constat que cette dimension spatiale, bien qu’essentielle, est méconnue : ses mécanismes échappent encore largement aux pouvoirs publics, et les impacts des installations qui trient, acheminent, transforment, produisent des flux de matières et d’énergie nécessaires au fonctionnement francilien sont relativement peu étudiés, peu mis en évidence dans le débat public et dans les politiques territoriales. Son objectif principal est donc de mieux apprécier la dimension spatiale du métabolisme francilien, c’est-à-dire les conséquences que le développement d’un modèle axé sur une gestion circulaire des ressources et des déchets implique aux échelles régionale et locale en termes de besoins en espace, en foncier et en aménagement du territoire. En suivant une logique proche de celle d’un atlas, le rapport a été bâti sur une dimension à la fois quantitative et illustrée afin de donner à voir (sous forme cartographique et photographique) l’étendue et la diversité des surfaces et activités qui peuvent être considérées comme fondamentales dans le fonctionnement quotidien de l’Île-de-France. Il cherche aussi à sensibiliser les acteurs régionaux de l’aménagement aux enjeux qui accompagnent le développement, la transformation, la gestion de l’ensemble des infrastructures et espaces œuvrant au fonctionnement métabolique de la région capitale. Il s’agit notamment de l’insertion urbaine et environnementale, de la préservation et du développement des espaces et des installations qui concourent à ce fonctionnement quotidien. L’objectif global est de proposer une lecture spatiale du métabolisme francilien et de ses effets, en complément des lectures matérielles quantitatives (diagnostics de flux, études de métabolisme…) ou économiques, qui sont de plus en plus établies tant à l’échelle régionale qu’à l’échelle locale (Vialleix, 2021).

les emprises du métabolisme urbainCe rapport recense un total de 20 600 hectares, soit 1,7 % de la surface de l’Île-de-France. Les activités dites métaboliques occupent des surfaces foncières non négligeables, tout en restant un type d’occupation de l’espace peu important à l’échelle régionale surtout en comparaison avec d’autres types d’usages. Les emprises se répartissent entre les activités déchets (8 500 hectares en cumulé), les matériaux de construction (6 800 hectares), l’énergie (2 500 hectares) et l’eau (2 800 hectares).

Au-delà de ces données chiffrées, l’étude révèle plusieurs points essentiels. Les espaces du métabolisme francilien sont pleins de paradoxes. Ils sont à la fois discrets mais aussi visibles : des recycleries manipulant des produits qui auraient pu devenir des déchets aux immenses stations d’épuration, usines d’eau potable, périmètres de raffineries ou de dépôts pétroliers, carrières ou installations de stockage des déchets, les lieux qui concourent au fonctionnement du métabolisme francilien sont à la fois très petits et très gros. De plus, ils présentent parfois une spécificité, tout en couvrant plusieurs activités. En analysant les doubles comptes, c’est-à-dire les cohabitations et les superpositions de périmètres entre activités, les surfaces réellement mobilisées par les communes franciliennes sont en réalité de 15 700 hectares. Une géographie à la fois figée (liée à l’implantation de lieux clés des services urbains régionaux depuis plusieurs dizaines d’années) et évolutive se dessine, en raison de la disparition de certains sites résultant de la désindustrialisation ainsi que des évolutions économiques et réglementaires.

Il s’agit concomitamment d’une géographie diffuse, avec de nombreux espaces et infrastructures de taille modeste comme les châteaux d’eau, les stations-service, les déchetteries, les postes gaz, qui jalonnent la région, et polarisée qui se manifeste par ailleurs : un nombre restreint de communes dédient une part importante de leur territoire -jusqu’à 20, voire 40 %-, à la gestion des ressources ou des déchets. Cette analyse permet donc de distinguer une géographie tout à fait singulière des espaces du métabolisme francilien. Trois secteurs ressortent des cartographies et données étudiées : le secteur de Montereau-Fault-Yonne prolongé à l’ouest vers la Bassée ; le secteur Seine aval à partir du port de Nanterre à l’ouest jusqu’aux Mureaux à l’est également le long de la Seine et un secteur au nord-ouest de la Seine-et-Marne à partir de Villeparisis et de Vaujours à l’ouest, jusqu’aux boucles de la Marne. Au-delà de ces territoires qui peuvent être considérés comme des « hauts lieux » du fonctionnement métabolique francilien, une dizaine d’intercommunalités jouent un rôle majeur dans le fonctionnement de l’Île-de-France en dédiant entre 3 et 6 % de leur périmètre à ce type d’activités et d’infrastructures. Au niveau communal, la concentration des emprises métaboliques est encore plus saisissante : dix communes concentrent environ 20 % du total des emprises au niveau régional. Les trente communes franciliennes, les plus concernées, dédient entre 20 et 40 % de leur périmètre à la gestion des déchets, de l’énergie, de l’eau et des matériaux. Alors que certaines communes consacrent entre 10 % et plus de 40 % de leur périmètre à ce type d’activités et de lieux, près de mille communes en Île-de-France restent peu concernées.

Source : Institut Paris région 

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Immersion visuelle au cœur des « infrastructures métaboliques »

À l’occasion de la parution de l’étude de Martial Vialleix, La dimension spatiale du métabolisme urbain francilien, la Médiathèque de L’Institut Paris Region vous invite à découvrir ses ressources photographiques consacrées au métabolisme urbain. À travers une sélection de photos issues de ses collections, la Médiathèque propose ainsi une immersion visuelle au cœur des « infrastructures métaboliques », qui restent à ce jour largement méconnues, et trop souvent associées à une image négative (bruit, odeurs, camions…). Cette exposition, et l’étude associée, visent ainsi à faire une place à ce qui occupe concrètement un peu d’espace (un peu moins de 2 % de la surface de l’Île-de-France) mais qui a un rôle fondamental dans la transition socio- écologique de la Région.

Crédit photo : P.-Y. Brunaud/ L’Institut Paris Region

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