Cet article de Jean Makhlouta, post doctorant à Géographie-cités chargé d’enseignement à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, vise à comprendre la manière dont les minorités sexuelles et de genre parviennent à négocier un accès à la ville de Beyrouth en s’appropriant et en s’aménageant l’espace-temps de la voiture lors de leurs déplacements nocturnes.

voitures à BeyrouthFondée sur une enquête ethnographique, la présente étude repose sur des entretiens semi-directifs et des observations participantes mobiles réalisés dans le cadre plus général d’une thèse sur les stratégies spatiales des minorités sexuelles et de genre à Beyrouth.
Malgré les lourdes pesanteurs sociales et juridiques du contexte libanais, les subjectivités et les sociabilités qui prennent place au bord de la voiture attestent de l’agentivité de cette population minoritaire à transgresser les normes sexuelles et genrées établies. Cette transgression est rendue possible par un savoir-faire conséquent de la ville qui permet d’éviter et de contourner différents rappels à l’ordre.
En raison de ses caractéristiques spatiotemporelles éphémères et à la fois intérieures et extérieures, l’espace-temps de la voiture mobile s’apparente à un « entre-lieux » qui donne à voir un espace rassurant mouvant et à micro-échelle dans l’espace urbain. Ainsi, l’entre-lieux de la voiture laisse entrevoir un accès minoritaire à la ville par la mobilité, ce qui incite à réinterroger certaines visions binaires et statiques des lieux et en particulier ceux des safe spaces qui se trouvent au sein de la géographie du genre et des sexualités.

« En plus de prendre place en ville, le véhicule permet que des « transformations » aient lieu pendant sa circulation dans l’espace urbain (Kaufmann, 2016). Ce sont des transformations que les participant·es opèrent sur leur corps pour performer un genre qui transgresse les normes binaires du masculin et du féminin« .

Jean Makhlouta, « La mobilité pour accéder à la ville. La voiture et les minorités sexuelles et de genre à Beyrouth », ANNALES DE GÉOGRAPHIE – N°758 (4/2024), pp. 54-76, Armand Colin.