La deuxième séance du séminaire « Tour du monde », co-organisé dans le cadre du groupe de travail « Mobilités et spatiales » du Labex Dynamite par Nadine Cattan, Clarisse Didelon, Brenda Le Bigot et Anne-Cécile Ott aura lieu

le 25 fév. 2022 – 14h-17h

Campus Condorcet, salle 0.032 (présentation du pass sanitaire)

et en visio-conférence ( pour obtenir le lien zoom et les identifiants, contacter : brenda.le.bigot ( at ) univ-poitiers.fr)

Télécharger le programme du séminaire Tour du monde

Nomades numériques : ubiquité, travail & loisir

Cette séance interroge le rapport à la distance qui se construit dans le cadre de modes de vie reposant largement sur une quête d’ubiquité : les mobilités des digitals nomads. « Distance is an illusion » annonce l’un des guides proposés à ce groupe de voyageurs-travailleurs.

“Comprendre l’interaction entre liberté, privilège et précarité : le géoarbitrage des nomades numériques en tant que pratique néolibérale et postcoloniale”

par Fabiola Mancinelli, maîtresse de conférence, Département d’anthropologie sociale, Université de Barcelone

Résumé

La littérature entrepreneuriale populaire fait l’éloge de l’essor des nomades numériques comme étant un mode de vie de liberté, offrant la flexibilité de concilier productivité et voyages de loisirs. Cet exposé vise à contextualiser le récit de la liberté dans un contexte plus large en explorant comment les contraintes structurelles influencent la liberté des nomades numériques.

Fabiola Mancinelli se demande si le choix des nomades numériques de se relocaliser continuellement peut être considéré comme une manière créative, bien qu’opportuniste, de naviguer dans la précarité croissante du travail et la diminution des protections sociales des pays développés.

Basée sur des preuves ethnographiques des stratégies de mobilité des nomades numériques, cette intervention prête attention aux forces structurelles et aux régimes de mobilité qui contraignent et facilitent leurs mouvements, en soulignant la pertinence de l’arbitrage géographique comme moyen de tirer profit d’un revenu généré dans des pays à coûts plus élevés en réduisant les dépenses quotidiennes dans des pays où le coût de la vie est moins élevé.

L’analyse prendra spécifiquement en compte les articulations contingentes entre le néolibéralisme et le postcolonisation et la manière dont elles façonnent l’imagination et la poursuite des choix de style de vie et de destination des nomades numériques.

« Le tout-petit monde des nomades numériques : les espaces de coworkation comme entre-soi mondialisé »

par Claire Mahéo, maîtresse de conférence en sciences de l’information et de la communication, Université UCO Bretagne sud, Julie Pasquer, maîtresse de conférence en Sciences de l’Information et de la Communication, Université UCO Bretagne sud, Florence Gourlay, maîtresse de conférence en géographie, Université de Bretagne Sud

Résumé

Les nomades numériques cultivent un lien singulier au territoire. Leurs activités professionnelles leur permettent de s’affranchir a priori de la contrainte d’une assignation territoriale productive. Ils sont nombreux à fréquenter des « quart-lieux » (espaces de coworkation) car leur a-territorialité leur permet d’adopter, ponctuellement ou durablement, un mode de vie qui hybride en plus la dimension «vacances» à celles de travail et de domicile.

En outre, la répartition géographique de ces quart-lieux révèle un certain usage du monde. Fondés sur la désintermédiation numérique et proposés à des travailleurs mobiles, en quoi ces lieux interrogent-ils une forme de re-territorialisation ? On les trouve dans des territoires relativement éloignés des métropoles, bénéficiant bien souvent d’attraits touristiques.

Peu ou faiblement insérés dans les dynamiques territoriales locales, ces quart-lieux engendrent l’émergence de nouvelles pratiques mais ne sont pas exempts d’une certaine forme d’instrumentalisation des territoires de la part des gestionnaires de ces lieux et de leurs usagers nomades numériques.

Ces lieux présentent ainsi des situations diverses d’intermédiation territoriales et affichent pourtant une standardisation (équipements et prestations normées, fonctionnement participatif et valeurs). Ils internalisent ainsi des logiques internationales et globalisées, notamment via leur dépendance aux communautés numériques et culturelles des DN.

Le partage de valeurs ou d’intérêts communs entre ces personnes n’est pas seulement la condition de leur existence, mais aussi l’élément premier de distinction entre elles ; et l’exotisation du monde leur théâtre.