Développement de l’autonomie relationnelle des exilés dans un contexte de mise en errance, 2018-2021

Dans cet article publié dans la revue e-migrinter, Annaëlle Piva, Associée – Jeune docteure à l’UMR Géographie-cités, montre comment les campements d’exilés sont des lieux de ségrégation socio-spatiale et de violence découlant d’une logique d’encampement, mais constituent aussi des espaces de solidarités et de résistance.

Dans le contexte parisien, les campements remplissent une fonction de point d’entrée dans la ville. En s’intéressant aux réseaux personnels de trois exilés à partir des campements, l’analyse montre comment ces derniers développent leur autonomie relationnelle pour accéder à différentes ressources en fonction de leur situation. Les liens qu’ils nouent à partir des campements permettent de répondre à leurs besoins immédiats et participent de leur « intégration mineure » qui passe par un côtoiement des lieux, mais également par un sentiment d’appartenance sociale. Ces relations influencent leurs trajectoires et leurs aspirations migratoires et constituent une résistance à la mise en errance par les dispositifs de prise en charge qui, à l’opposé, coupent les personnes exilées de ces réseaux de soutien locaux.

Extrait

À partir des campements, j’interroge comment les exilés s’intègrent dans l’espace urbain en développant leur « autonomie relationnelle ». La notion permet de saisir l’agentivité comme le produit collectif de structures, de relations et de pratiques sociales (Lépinard, 2011). Elle s’inscrit dans le champ de la sociologie relationnelle (Emirbayer, 1997 ; Donati, 2010) et des études féministes (Mackenzie et Stoljar, 2000) où elle montre que l’agentivité individuelle dépend des relations et des configurations sociales dans lesquelles elle s’inscrit. Elle rejoint ainsi les notions de ressource sociale et de capital social, tout en insistant sur le fait que l’accès aux ressources ne résulte pas uniquement de caractéristiques individuelles, mais aussi du fonctionnement d’un réseau de relations et de la nature des liens qui composent ce réseau.

Localisation des principaux campements d’exilés à Paris et en banlieue entre 2015 et 2021

Localisation des principaux campements d’exilés à Paris et en banlieue entre 2015 et 2021

Annaelle Piva, « Le campement comme lieu ressource : développement de l’autonomie relationnelle des exilés dans un contexte de mise en errance, 2018-2021 », e-Migrinter [En ligne], 26 | 2025, mis en ligne le 01 décembre 2025. DOI : https://doi.org/10.4000/15gvq

Annaelle PivaAnnaelle Piva est docteure en géographie. Elle a soutenu sa thèse en 2025, intitulée De l’exil à l’errance, la présence des exilés dans les espaces urbains de Paris et de Rome entre autonomie et contrôle, dirigée par Danièle Bélanger et Nadine Cattan dans le cadre d’une cotutelle entre l’Université Laval de Québec et l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

La thèse explore l’errance des exilés dans les espaces urbains de Paris et Rome. Elle appréhende l’errance comme la conséquence de l’autonomie des personnes exilées confrontée aux dispositifs de contrôle mis en œuvre par les politiques migratoires européennes et nationales d’une part, et par les politiques de gestion de l’indésirabilité en ville de l’autre. Cette confrontation de l’autonomie et du contrôle recompose les trajectoires des personnes exilées et leurs pratiques spatiales. La thèse propose d’ouvrir la « boîte de noire » de ces reconfigurations afin de comprendre comment se construit l’autonomie des personnes exilées « en route » et à quelles limites elle se heurte. Réciproquement, elle analyse les modalités de contrôle de la présence des exilés à l’échelle urbaine et la manière dont elles produisent des mobilités et un rapport à la ville spécifique.

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