Les limites d’une success story: repenser le modèle « Rail + Propriété » du métro de Shenzhen pour planifier des transports urbains durables en Chine

Les limites d’une success story: repenser le modèle « Rail + Propriété » du métro de Shenzhen pour planifier des transports urbains durables en Chine

18 août 2025|A la Une, CRIA, Publications|
Le modèle « Rail + Propriété (R + P) » appliqué au métro de Shenzhen est-il durable et reproductible ?
Une analyse de Congcong Li (UMR Géographie-Cités) et Natacha Aveline-Dubach (Directrice de recherche CNRS, UMR Géographie-Cités, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Campus Condorcet) publiée dans la revue Land.

 

Shenzhen Metro

La gare de Shenzhen cco pexels William Xin

La captation de valeur foncière (Land Value Capture, LVC) est de plus en plus mise en avant comme mécanisme clé pour financer les systèmes de transport en commun, et promue comme outil de durabilité urbaine dans un contexte de restrictions budgétaires publiques. La Chine a adopté cette approche sous la forme du modèle « Rail + Propriété (R + P) » inspiré de l’expérience hongkongaise. La stratégie « R + P » du métro de Shenzhen a été saluée comme un facteur déterminant de l’image de la ville, présentée comme “la seule en Chine continentale à disposer d’un système de transport rentable sans subventions”

L’article présenté ici remet en question cette hypothèse, en affirmant que le modèle de Shenzhen n’est ni durable ni reproductible, car ses performances passées dépendaient de deux conditions exceptionnelles : une phase ascendante du cycle immobilier et des concessions institutionnelles uniques accordées par l’État central. Pour étayer cet argument, les auteures comparent la stratégie de captation de la valeur foncière de Shenzhen à celle de Nanjing, une capitale provinciale fonctionnant dans des conditions institutionnelles ordinaires, dont la gouvernance et les structures spatiales reflètent le modèle de développement urbain dominant en Chine.

À l’aide d’un cadre comparatif structuré autour de trois dimensions clés des approches de captation de valeur foncière (gouvernance urbaine, gestion des risques et transition des sociétés de transport vers l’immobilier), cet article révèle comment des économies politiques urbaines distinctes donnent lieu à des approches contrastées en matière de capture de valeur : l’une expansionniste, privilégiant le profit à court terme et la croissance rapide tout en minimisant la gestion des risques (Shenzhen) ; l’autre conservatrice, façonnée par des contraintes institutionnelles et par des ajustements réactifs et progressifs (Nanjing). Ces conclusions suggèrent que si les instruments de captation de valeur foncière offrent un potentiel précieux en tant que source de financement pour les transports publics, leur viabilité à long terme requiert une intégration institutionnelle précoce qui aligne les intérêts spatiaux, fiscaux et politiques, ainsi qu’une planification bien élaborée du projet et l’acquisition de compétences dans le domaine de la promotion immobilière.

Li, C.; Aveline-Dubach, N. The Limits of a Success Story: Rethinking the Shenzhen Metro “Rail Plus Property” Model for Planning Sustainable Urban Transit in China. Land 2025, 14, 1508.

LI CongcongCongcong LI est doctorante à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, UMR 8504 Géographie-cités, sous la direction de Natacha Aveline. Sa thèse, intitulée « Mécanisme institutionnel de capture de la valeur foncière dans le développement des transports – le cas de la Chine », étudie comment les gouvernements locaux chinois parviennent à financer la construction de lignes de métro grâce à des opérations immobilières dans les stations et leurs environs. La thèse compare le cas de Shenzhen, une ville jouissant d’une autonomie politique et financière exceptionnelle, à celui de Nanjing, plus représentatif de la majorité des villes chinoises.

 

natacha avelineNatacha Aveline-Dubach

Natacha Aveline-Dubach mène des travaux en économie politique de la production urbaine, notamment dans les métropoles d’Asie orientale (Japon, Chine, Hong Kong, Singapour). Elle a publié plusieurs ouvrages et articles sur la financiarisation de l’immobilier, les mécanismes de captation de valeur foncière appliqués aux infrastructures ferroviaires, les politiques urbaines et les formes sociomatérielles du cadre bâti (y compris des artéfacts funéraires) dans plusieurs grandes métropoles d’Asie. Plus récemment, ses recherches ont porté sur l’adaptation de l’environnement urbain et résidentiel au vieillissement et à l’intensification des enjeux de santé publique. Elle dirige le projet franco-singapourien SPACE qui analyse les facteurs de risque et les formes sociospatiales des maladies infectieuses (dengue et COVID 19) dans le cadre bâti de Singapour. Ce vaste projet est financé par la Fondation Nationale de Recherche de Singapour dans le cadre du consortium CREATE (Campus for Research Excellence and Technological Enterprise).

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