Souvent perçus comme très technocratiques, les maillages administratifs constituent pourtant une composante essentielle de l’action publique. Cet ouvrage collectif, sous la direction d’Antoine Laporte (ENS Lyon) et Antonine Ribardière (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne / Géographie-cités), montre qu’ils en disent long sur les politiques contemporaines.

À travers une série d’enquêtes centrées sur le cas français, l’ouvrage dévoile comment ces découpages territoriaux sont pensés, mis en oeuvre et sans cesse discutés. Car les maillages ne sont jamais neutres : ils traduisent des choix, des rapports de force et des visions du territoire. Organisé en trois parties, il explore d’abord les logiques politiques qui président à la fabrication des découpages, du département aux quartiers. Il s’attache ensuite à des maillages souvent méconnus, qui structurent la justice, l’école, la santé ou l’action sociale. Enfin, il analyse l’émergence de zonages ciblés, conçus pour lutter contre les inégalités sociales ou protéger l’environnement.Les mailles territoriales d’action éclaire ainsi un aspect central de la politique publique : les découpages du territoire comme outil d’action. Il offre une clé de lecture originale des tensions entre quête d’efficacité et exigences de démocratie territoriale.

Extrait

Si c’est résolument du côté des maillages de pouvoir que s’oriente cette publication collective, les autres dimensions qui leur sont éventuellement associées seront ainsi bien présentes dans les réflexions développées par les auteurs. Éminemment politiques, les découpages territoriaux sont en premier lieu le fait d’une confrontation de points de vue, de conflits entre acteurs qui portent autant sur des usages, des intérêts et des représentations divergentes. De manière un peu provocante, mais sans qu’il existe beaucoup d’exemples pour le contredire, on peut affirmer qu’aucun découpage ne satisfait tout le monde. Qu’ils soient arbitraires ou qu’ils soient le résultat de l’application de formes de rationalités, les maillages sont objets de controverses : à travers les exemples développés par les auteurs, la discussion et la négociation autour du tracé des mailles sont présentes dans quasiment chacun des chapitres de cet ouvrage.

Introduction, Antoine Laporte et Antonine Ribardière

Plusieurs membres de Géographie-cités ont contribué à cet ouvrage : Antonine Ribardière, Catherine Mangeney et Christophe Quéva

Chapitre 8. Les mailles de l’action sociale pour la cohésion et la réduction des inégalités – Antonine RIBARDIÈRE

Antonine Ribardière aborde un découpage essentiel pour l’accès aux droits : celui de l’action sociale départementale, dans le cadre duquel est organisé le travail des assistants sociaux. L’autrice plonge dans l’ingénierie des découpages à travers l’examen des réformes successives mises en œuvre dans cinq départements franciliens. L’instabilité des découpages tient pour une part à sa dimension technique et à la nécessité pour les départements de s’adapter de manière pragmatique aux évolutions socio-démographiques. Mais pour une autre part, les réformes signent le passage d’un zonage administratif à un outil de territorialisation de l’action publique du département. Cela se mesure également dans le management des équipes – cette dernière dimension laissant apparaître des conceptions parfois divergentes de la notion même de service public entre les départements. Le choix récent des départements de caler les mailles de l’action sociale sur la carte des intercommunalités semble poser les bases d’une stabilisation du maillage. De manière paradoxale, c’est donc l’échelon intercommunal qui vient consolider l’échelon départemental – alors même que les deux échelons sont souvent présentés comme concurrents.

Chapitre 9. Les maillages français de l’action publique en santé  – Catherine MANGENEY, Emmanuel ELIOT, Véronique LUCAS-GABRIELLI, Guillaume CHEVILLARD et Magali COLDEFY

Les auteur·e·s restituent l’épaisseur historique des maillages sanitaires français. Rarement un maillage aura été porteur d’autant d’injonctions contradictoires : cadre d’une planification centralisée, ou du moins courroie de transmission des politiques et orientations nationales, mais aussi formalisation au niveau local de synergies interpersonnelles et inter-établissements ; outil de maîtrise des coûts mais aussi instrument de réduction des inégalités entre territoires en matière d’offre de soins ; découpage adapté aux spécificités des différentes spécialités médicales (maternité, psychiatrie, gérontologie), mais aussi cadre d’organisation de la  coopération entre les professionnels, les établissements et la médecine de ville. Le mouvement de redécoupage, les changements de dénomination, la redéfinition des missions aux différents niveaux d’organisation touchent ici leurs limites et les auteurs concluent sur le manque de lisibilité concernant l’efficacité d’un maillage sanitaire qui reste très opaque.

Chapitre 13. Les zones de revitalisation rurale entre égalité et efficacité – Christophe QUEVA

À partir de l’analyse de la littérature officielle et des débats autour des « zones de revitalisation rurale » – pendant du zonage prioritaire de la politique de la ville en milieu urbain – Christophe Quéva montre comment les contours de ce zonage visant spécifiquement les espaces ruraux en difficulté a été travaillé par les recompositions du système territorial français : dans le cadre de l’incitation de l’État au développement de l’intercommunalité, l’appartenance à un EPCI a constitué au début des années 2000 une condition nécessaire pour bénéficier des exonérations fiscales contenues dans le dispositif. Ce faisant, le nombre de communes concernées a considérablement augmenté, fragilisant la dimension dérogatoire du zonage et donc sa légitimité.

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Les mailles territoriales d’action. Sous la dir. de A. Laporte, A. Ribardière. Encyclopédie Sciences : Géographie et démographie, Iste Wiley, 2026, 352 p.