La recomposition des réseaux de parentèle lue par leur mobilisation dans l’exil (2014-2024)
Cette contribution de Grégoire Le Gall, doctorant (EHESS/CNRS/Géographie-cités) est parue dans le dernier numéro d’Ethnologie française « La guerre en Ukraine et l’exil » replace des trajectoires d’exil ukrainiennes dans l’économie générale des parentèles des exilés, au cours de la première décennie du conflit russo-ukrainien (2014-2024).
Elle analyse la mobilisation différenciée de réseaux familiaux « entre-deux » entre la Russie et la Pologne, marqués par la superposition de différentes temporalités historiques. Elle questionne la façon dont ces ancrages ont pu, ou non, constituer une ressource structurante dans les trajectoires d’exil.
Extrait
Cet article montre que la présence de proches dans de potentiels pays d’accueil est structurante dans les trajectoires d’exil. Il révèle aussi que dans le cas ukrainien, et c’est la singularité de cet exil, les parents se situent souvent sur le territoire d’un pays par deux fois agresseur de l’Ukraine, la Russie. La configuration transnationale des réseaux de parentèle de nombreux Ukrainiens révèle à cet égard les traces du système soviétique et des intenses migrations internes à l’URSS. En conséquence, la distribution spatiale de ces réseaux a survécu aux recompositions étatiques et chevauche désormais les frontières établies en 1991 entre les deux États. On observe également que ces réseaux hérités de l’avant-1989 sont non seulement nourris mais aussi complétés de migrations postérieures aux années 2010 en direction des pays de l’Union européenne, en particulier la Pologne. Certaines de ces migrations sont liées au début du conflit armé dans l’est de l’Ukraine en 2014. Les réseaux de parentèle des Ukrainiens sont donc constitués de composantes récentes et anciennes, qui se sont inscrites dans l’espace au cours du temps. Je ne les considère pas sous l’angle d’un supposé clivage au sein de la population ukrainienne, les uns penchant plutôt vers l’Europe occidentale, les autres plutôt vers la Russie. Je les analyse sous l’angle d’une superposition, qui est présente dans un très grand nombre de familles.

Le parcours de l’exil de Loubia structuré par sa parentèle (entretien avec Loubia, carte © Grégoire Le Gall
Le Gall, G. (2025). Trajectoires familiales ukrainiennes dans l’« entre-deux » : la recomposition des réseaux de parentèle lue par leur mobilisation dans l’exil (2014-2024) Ethnologie française, . 55(3), 35-54. https://doi.org/10.3917/ethn.253.0035.
Après un Master Etudes européennes et internationales (parcours AlterEurope – ENS de Lyon), Grégoire Le Gall est en 2020 chargé de mission à la chancellerie politique de l’Ambassade de France en Géorgie. Il fait une thèse en géographie à l’EHESS au sein de l’UMR Géographie-cités depuis décembre 2021. Réalisée sous la direction de Béatrice von Hirschhausen et Denis Eckert, elle porte sur les ancrages transgénérationnels et sur les quotidiens familiaux Ukrainiens.
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Lejeune, C., Schmoll, C., Savchuk, I. et Savchuk, O. (2025). La « carte de liens » des femmes ukrainiennes. Trajectoires géographiques et ressources relationnelles dans l’exil. Ethnologie française, . 55(3), 19-33. https://doi.org/10.3917/ethn.253.0019.
Ethnologie française « La guerre en Ukraine et l’exil »
Dirigé par Ronan Hervouet et Tatyana Shukan, le dernier numéro d’Ethnologie française : La guerre en Ukraine et l’exil (2025), analyse les exils de plus de 8 millions d’Ukrainiennes et Ukrainiens depuis le 24 février 2022, en travaillant sur des échelles variées, depuis la multiplicité de récits personnels rapportés à la première personne.

