Cette série documentaire d’Elise Gruau, réalisée par Franck Lilin, part explorer les déchets de notre vie quotidienne. Des restes qu’on pouvait réemployer aux choses vouées à l’abandon, comment les nouveaux matériaux et nos façons de consommer et jeter ont-ils créé ces déchets qui nous submergent ? Sabine Barles et Étienne Dufour ont été interviewé·e·s dans le cadre de cette série provenant du podcast LSD, sur France culture.
Épisode 2/4. Bienvenue chez Homo detritus
Dans Paris au 19ᵉ siècle, tous les résidus font ressource dans l’économie circulaire des sous-produits urbains. Avant l’invention de la poubelle, réceptacle à couvercle domestique, la notion de déchet comme produit d’un abandon n’existe pas encore. C’est avec la notion d’ »invention des déchets urbains » entre 1790 et 1970, développée par les travaux de l’historienne de l’aménagement urbain Sabine Barles que nous pouvons mieux comprendre le changement de régime radical qu’ont connu nos sociétés entre le 19ᵉ et le 20ᵉ siècle dans leur relation à ce que nous appelons aujourd’hui « déchet ».
Derrière le chiffonnier, il y a toute une structuration de la filière qui se met en place : d’énormes fortunes vont être construites sur l’achat de ces produits chez les maîtres chiffonniers, les marchands en gros, etc. Ces chiffonniers s’insèrent dans un ensemble de filières économiques et industrielles qui contribuent finalement à la révolution industrielle et dont on parle relativement peu parce que les révolutions industrielles sont souvent centrées sur la machine à vapeur, le chemin de fer, le coton et la sidérurgie, mais beaucoup moins sur toutes ces productions qui sont pourtant essentielles et font en partie la richesse de Paris et de l’agglomération parisienne. » Sabine Barles
Avec
- Sabine Barles, historienne de l’aménagement urbain et chercheure spécialisée dans l’étude des flux d’énergie et de matières dans les milieux urbains, Professeure à l’université Paris 1-Panthéon Sorbonne
- Baptiste Monsaingeon, sociologue des sciences, des techniques et de l’environnement, Maitre de conférences à l’Université de Reims Champagne Ardenne
- Etienne Dufour, docteur en aménagement et chercheur-associé au Laboratoire Géographie-cités et au LEESU, spécialiste de l’histoire des déchets, auteur d’une thèse intitulée « La fin du recyclage ? Rupture métabolique et politiques biogéochimiques en région parisienne au XXe siècle »
- Pierre Hirtzberger, ingénieur en énergétique, président de l’Astée (Association Scientifique et Technique Eau et Environnement)
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Épisode 4/4. Urine humaine, des engrais contre la pénurie
Face à l’inéluctable pénurie des engrais de synthèse issus des matières fossiles, ingénieurs, agronomes et urbanistes œuvrent à créer des filières pour valoriser l’azote là où il se trouve naturellement : dans nos urines.
Les aliments que nous mangeons contiennent des éléments nécessaires à la vie : l’un d’eux est l’azote, présent dans les protéines. Or nos corps ne sont que des zones de passage, où seulement 5 % de ce que nous absorbons est retenu, le reste est évacué, notamment ces précieux nutriments essentiels à l’agriculture. Le corps humain produit des engrais, utilisons-les, tel est le credo du programme d’action-recherche Ocapi développé par l’École nationale des ponts et chaussées depuis dix ans, mené par Fabien Esculier.
Avec
- Louise Raguet, designeure, membre du labo LEESU- ENPC, et responsable de la filière Enville (Engrais humains des villes) à Châtillon avec l’AMAP « Les radis actifs »
- Béatrice Cabedoce, chercheure en histoire, autrice d’une enquête ethnographique sur l’emploi des eaux d’épandage parisiennes auprès des agriculteurs du Val d’Oise
- Fabien Esculier, ingénieur des ponts, des eaux et des forêts, chercheur et directeur du programme recherche-action OCAPI au sein du LEESU (laboratoire Enjeux Eau et Systèmes Urbains), Ecole Nationale des Ponts et Chaussées
- Etienne Dufour, docteur en aménagement et chercheur-associé au Laboratoire Géographie-Cités et au LEESU, spécialiste de l’histoire des déchets, auteur de la thèse « La fin du recyclage ? Rupture métabolique et politiques biogéochimiques en région parisienne au XXe siècle »
- Marine Legrand, biologiste et anthropologue auprès du laboratoire LEESU – ENPC
- Antigone Doron-Sornin, étudiante en design, stagiaire du projet « Enville » pour le développement d’outils de collecte d’urine à domicile destinés aux femmes
- Bruno Rakedjian, membre de l’AMAP « les Radis actifs » de Châtillon et apporteur volontaire d’urine dans la filière « Enville » (Engrais humains des villes)
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