Typologie et vécu des ruptures familiales russoukrainiennes en contexte de guerre ouverte

À partir de 53 entretiens menés entre 2022 et 2024 auprès de 35 familles, cette contribution de Grégoire Le Gall, doctorant ATER (EHESS / Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne / Géographie-cités) esquisse une typologie de ruptures territoriales (barriérisation, bifurcation, annexion) induites par la première décennie de la guerre russo-ukrainienne.

La contribution de Grégoire Le Gall s’intéresse aux familles dont les membres se trouvaient déjà dispersés entre l’Ukraine et la Russie, ou se sont retrouvés séparés par la ligne de front en Ukraine. Elle montre à travers quelques cas comment la guerre a transformé une frontière poreuse en ligne de séparation hermétique, et comment des appartenances étatiques longtemps contingentes pour le groupe sont devenues non négociables, reconfigurant durablement les liens familiaux transnationaux.

 

Extrait

La rupture s’explique déjà par la barriérisation de la frontière dès 2014, puis son dédoublement moral en 2022. Épaissie, elle passe du rôle d’interface à celui de clôture. Les catégories nationales ont perdu leur caractère contingent pour revêtir des enjeux concrets : elles empêchent, restreignent et se ferment. En dehors des questions sécuritaires, le changement traduit une ferme volonté politique qui envahit l’intimité des parentèles. Le déchaînement de la violence s’expérimente de façon personnelle et contraire pour les différents membres, supplante ainsi le lien familial et envahit la sphère privée. Comme l’avance Sergiy : «les Russes sont devenus nos ennemis. On est tous partie prenante dans cette affaire». Ce sont des Russes, d’abord ; c’est notre famille, ensuite.

Grégoire Le Gall. La parenté et la ligne de front. Slovo, A paraître, DEMEPS 2023, 55, pp.17-34. ⟨hal-05645297⟩

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gregoire le gallAprès un Master Etudes européennes et internationales (parcours AlterEurope – ENS de Lyon), Grégoire Le Gall est en 2020 chargé de mission à la chancellerie politique de l’Ambassade de France en Géorgie. Il fait une thèse en géographie à l’EHESS au sein de l’UMR Géographie-cités depuis décembre 2021. Réalisée sous la direction de Béatrice von Hirschhausen et Denis Eckert, elle porte sur les ancrages transgénérationnels et sur les quotidiens familiaux Ukrainiens.