L’urbanisme temporaire face à l’accélération

Ce numéro 19 de la Revue internationale d’urbanisme (RIURBA) consacré à l’urbanisme temporaire fait suite au numéro 18 consacré au thème « Pluralité, décalages et ajustements de la fabrique urbaine » publié en mai 2026.

Sa coordination a été assurée par Sandra Breux (INRS), Antoine Fleury (CNRS), Sandra Mallet (Université de Reims Champagne-Ardenne) et Thomas Zanetti (Université Jean Moulin Lyon 3).

Ce double dossier prolonge le colloque « Penser et agir avec le temps en urbanisme : quelles évolutions ? », organisé à l’université de Reims Champagne-Ardenne (URCA) en avril 2024, et le programme de recherche UrbaTime. Les temps de l’urbanisme durable (2018-2025).

Extrait

Ce numéro interroge les pratiques d’urbanisme temporaire dans leurs rapports au temps, à l’incertitude et à l’urgence. Si leur succès récent peut laisser penser que le temps court représente le nouveau paradigme dominant de l’action urbaine, valorisant une flexibilité et une immédiateté caractéristiques du régime présentiste (Mallet, 2024), les temporalités de l’action urbaine n’en demeurent pas moins hétérogènes. Comme le montre bien le numéro 18 de la Riurba que vient compléter et approfondir le présent dossier, elles renvoient à des temps courts comme à des temps longs et traduisent des temporalités diversifiées. En quoi les projets relevant de l’urbanisme temporaire sont-ils pensés (ou non) en relation avec les temporalités plus longues du projet urbain, de la planification voire des sociétés urbaines plus largement ? Quelles sont les stratégies temporelles des acteurs du temporaire, autrement dit comment se positionnent-ils face à l’urgence et à l’incertitude ? In fine, on peut se demander si l’urbanisme temporaire traduit une fabrique accélérée de l’urbain, ou s’il peut constituer un levier pour résister, dans une certaine mesure et selon tous les registres que cela suppose, à cette accélération.

Tel est le fil directeur de ce numéro qui rassemble des auteurs et des autrices provenant de plusieurs disciplines des études urbaines, principalement en urbanisme et aménagement, mais aussi en sociologie et en architecture. À partir de méthodes classiques en sciences sociales (analyse documentaire, entretiens auprès d’une diversité d’acteurs, participation observante, enquête ethnographique) mais aussi de méthodes plus originales, comme la photographie d’intervalle (Smith, 2007), leurs articles explorent ces questionnements à des échelles spatiales et dans des types d’espaces variés – de l’échelle du projet à celle des politiques métropolitaines, des bâtiments aux espaces publics, des projets emblématiques à des formes d’intervention plus ordinaires – tout en donnant à voir différents usages du temporaire, qu’il s’agisse de préfiguration, de gestion de l’attente (du côté de la maîtrise d’ouvrage) ou, à l’inverse, d’une forme de mobilisation pour dévier la trajectoire d’un projet (du côté de la maîtrise d’œuvre).

Éditorial – Les temps de l’urbanisme 2 : l’urbanisme temporaire face à l’accélération
Sandra Breux, Antoine Fleury, Sandra Mallet, Thomas Zanetti

Fanny Cottet, maîtresse de conférences en urbanisme à l’Université Jean Moulin Lyon 3 et membre associée à l’UMR Géographie-cités, a contribué à ce numéro : Du temporaire au pérenne : la construction du problème public de l’accès à l’immobilier abordable des acteurs de l’économie sociale et solidaire.

L’article analyse la construction du problème public de l’accès à l’immobilier d’activité abordable pour les acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS). Il met en lumière l’évolution des discours autour de l’urbanisme temporaire vers des logiques de pérennisation ainsi que les acteurs impliqués dans ce processus. La première étape de définition révèle des évolutions dans les réseaux de l’urbanisme temporaire, désormais structurés en foncières solidaires, et les échanges lors d’événements restreints avec les réseaux de l’ESS et de tiers-lieux. Le texte présente la coconstruction des enjeux par des arènes discrètes et institutionnelles, de manière simultanée. La seconde étape révèle des mécanismes de diffusion et de médiatisation du problème au grand public et par divers canaux, soulignant une construction avancée du problème public sans inscription formelle à l’agenda politique.

Chercheur au CNRS depuis 2009 et membre de l’UMR Géographie-cités, Antoine Fleury explore les espaces publics des grandes métropoles en se plaçant tantôt du côté de la conception, de l’aménagement et de la gestion, tantôt du côté des usages et de leur régulation.

Soucieux d’appréhender ces espaces publics en relation avec le changement urbain au sens large, il a également mené des investigations sur le petit commerce, sur la gentrification et les inégalités, sur les mobilités et plus récemment sur l’urbanisme temporaire.

Mises en œuvre au sein de divers collectifs, ses recherches s’articulent à un investissement dans la formation à la recherche et à une ouverture sur les différents mondes professionnels de la ville.

Fanny Cottet a réalisé sa thèse CIFRE à Plateau Urbain. Elle a soutenu sa thèse de doctorat en urbanisme et aménagement intitulée : « L’économie sociale et solidaire face au problème immobilier. Acteurs, processus et tensions dans la production de locaux d’activité abordables dans les métropoles françaises  » en 2024, sous la direction de Natacha Aveline-Dubach, directrice de recherches au CNRS et de Juliette Maulat, maîtresse de Conférences à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Elle a été lauréate des bourses Palladio 2022.

Sa recherche post doctorale, menée à la Chaire Aménager le Grand Paris et au LATTS – Laboratoire Techniques, Territoires et Sociétés, portait sur les « valeurs des fonciers non aménagés ».

Lire aussi

Les temps de l’urbanisme 1. Pluralité, décalages et ajustements de la fabrique urbaine. RIURBA n° 18, juillet 2025, mis en ligne en mai 2026