D’une transition à l’autre. Déprise urbaine et futurs post-fossiles en Allemagne orientale

Hélène ROTH soutiendra son habilitation à diriger des recherches en géographie intitulée « D’une transition à l’autre. Déprise urbaine et futurs post-fossiles en Allemagne orientale »

Mardi 3 juin
14h00
Campus Condorcet
bâtiment Recherche Sud, salle 0.015
Aubervilliers

Jury

Lydia COUDROY DE LILLE, Professeure, Université Lyon II, EVS (Rapporteure)
Christophe DEMAZIERE, Professeur, Université de Lille, TVES (Examinateur)
Nina GRIBAT, Professeure, Brandenburgische Technische Universität Cottbus-Senftenberg, Institut für Stadtplanung (Examinatrice)
Béatrice VON HIRSCHHAUSEN, Directrice de recherche, CNRS Géographie-Cités (Garante)
Hélène MAINET, Professeure, Université Clermont Auvergne, Territoires (Examinatrice)
Yoan MIOT, Professeur, Université Gustave Eiffel, LATTS (Rapporteur)
Gábor SONKOLY, Directeur d’études, EHESS, Géographie-Cités (Rapporteur)
Nicolas VERDIER, Directeur de recherche, CNRS, directeur d’études, EHESS, Géographie-Cités (Président)

Résumé

En 2025, peut-on envisager l’Allemagne orientale comme une entité régionale, au risque de réifier et de consolider les représentations ouest-allemandes d’une altérité est-allemande ? Ou bien, à l’inverse, peut-on ignorer sa réalité et ainsi éluder le caractère performatif des imaginaires, des expériences vécues et des discours hégémoniques ? C’est par le prisme des études urbaines que ce mémoire s’empare de cette double question géographique, en exploitant un vaste corpus théorique complété par des entretiens avec des chercheurs et en étayant le raisonnement par l’étude empirique du cas d’une petite ville saxonne.

La première partie du mémoire interroge le rôle de la déprise urbaine dans la cristallisation régionale de l’Allemagne orientale, à travers un triple registre d’analyse : le registre des dynamiques urbaines, celui de l’action publique, enfin le registre des savoirs académiques sur le déclin urbain. La décroissance urbaine très intense du tournant des années 2000 a suscité la mise en œuvre d’un programme de rénovation urbaine (programme Stadtumbau Ost) spécifique aux nouveaux Länder, dont l’étude a permis à la recherche urbaine est-allemande d’acquérir une légitimité scientifique longtemps contestée. Dans les années 2010, alors que la déprise se normalisait dans les villes petites et moyennes, la singularité est-allemande des trajectoires urbaines s’estompait. Pourtant, longtemps restée zone d’ombre des études urbaines, la question régionale est-allemande y surgit en 2020 dans le cadre d’un vif débat qui ouvre un stimulant chantier de recherche.

Dans la seconde partie, l’hypothèse explorée est que l’intense expérience de la longue déprise urbaine est-allemande et de la réponse politique apportée au niveau fédéral dans les années 2000 est une expérience spatialisée de bouleversement du rapport au temps, qui affecte durablement acteurs et habitants et participe de la construction régionale de l’Allemagne orientale dans les années 2020. L’étude des rapports au futur qu’entretiennent les habitants et les acteurs de la ville étudiée permet de saisir comment l’expérience spatialisée de la transformation post-socialiste et de la décroissance des décennies 1990 et 2000 est réactualisée dans la déclinaison locale de la transition énergétique en Lusace dans les années 2020. Ce faisant, la promesse de la décarbonation modifie et pluralise les géorécits, dont les tensions procèdent des espaces urbains, les marquent et les transforment.

La perspective constructiviste adoptée permet de dénaturaliser les processus et les dispositifs opérationnels, en éclairant la manière dont ils sont pensés par leurs acteurs, leurs concepteurs mais aussi leurs observateurs scientifiques. Cette recherche s’inscrit ainsi dans une lecture des mutations urbaines est-allemandes non comme des processus dépendant du passé socialiste mais comme une série de co-transformations. Dans le même temps, elle envisage les petites villes est-allemandes comme un observatoire contemporain des tensions entre déprise urbaine, transition écologique et fragilisation démocratique et documente la diversité des processus de déclin et des situations de left behindness en Europe.

La réalisation de cette recherche a bénéficié du soutien du Centre interdisciplinaire d’études et de recherches sur l’Allemagne (CIERA).

Membre associée de Géographie-cités, Hélène Roth est maîtresse de conférences en Géographie à l’Université Clermont Auvergne et directrice adjointe de l’UMR Territoires au sein de la Maison des Sciences Humaines

 

 

 

Weisswasser, Telux.

Weisswasser, Telux. © Roth, 2024.