Fanny Cottet, ATER à l’École d’Urbanisme de Paris, et à l’Université Gustave-Eiffel, rattachée au Lab’URBA, a cosigné avec Taoufik Souami et Marie Llorent cet article publié dans le dernier numéro des Annales des Mines – Responsabilité et Environnement, « Préserver les sols », coordonné par Sarah Dubeaux.
L’article examine l’appréhension économique du sol dans l’aménagement quand il n’est plus seulement considéré comme un support constructible mais un élément de l’écosystème ayant des fonctions socio-écologiques. Face aux objectifs de réduction de l’artificialisation, les acteurs de la fabrique urbaine doivent repenser leurs approches économiques, ce qui pose un double défi : opérationnel, avec la nécessité de maintenir l’équilibre des bilans sans construction, et théorique, avec l’intégration des valeurs extra-financières des sols. Deux familles d’approches émergent pour répondre à ces enjeux. La première, instrumentale, utilise des outils comme les évaluations socio-économiques qui monétarisent les externalités via des analyses coûts-bénéfices. La seconde approche, plus radicale, considère les atteintes aux sols comme des « dettes écologiques ». Cette vision, ancrée dans une « durabilité forte », remet en cause les logiques financières classiques et questionne l’économie de l’aménagement, intégrant des valeurs extra-financières et des obligations de préservation.
Extrait
La comptabilité CARE (Comprehensive Accounting in Respect of Ecology) a été initiée dès 2013 par les chercheurs du CIRED Jacques Richard et Alexandre Rambaud (Richard, 2020). Il s’agit d’étendre les principes de la comptabilité des organisations historiques pour y inclure l’obligation de préserver les milieux naturels et êtres humains, considérés comme des « capitaux » à protéger au même titre que le capital financier, qu’il faut toujours être en capacité de rembourser. Le modèle CARE propose ainsi une autre vision des capitaux, il ne s’agit plus de considérer le capital selon son acception économique au sens de « facteurs de production », mais dans le sens d’une dette « capitale » à rembourser. Ainsi, une entreprise ne peut calculer son profit et verser des dividendes qu’une fois le remboursement de ses dettes financières, écologiques et sociales payées. La comptabilité CARE propose, à travers l’élargissement de la notion de capital et la prise en compte des dettes écologiques et sociales, une approche de la durabilité forte, contrairement aux analyses coûts-bénéfices ancrées dans 5VAN : Valeur Actuelle Nette. l’économie du bien-être qui adoptent une conception de la durabilité faible. Le modèle CARE, pour intégrer cette dette écologique capitale, va s’appuyer notamment sur le calcul des coûts de la restauration écologique, visant à atteindre un bon écologique d’un écosystème (Salin et al., 2025 ; Claron, 2025).
Fanny Cottet a réalisé sa thèse CIFRE à Plateau Urbain. elle a soutenu sa thèse de doctorat en urbanisme et aménagement, intitulée : « L’économie sociale et solidaire face au problème immobilier. Acteurs, processus et tensions dans la production de locaux d’activité abordables dans les métropoles françaises en 2024, sous la direction de Natacha Aveline-Dubach, directrice de recherches au CNRS et de Juliette Maulat, maîtresse de Conférences à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Elle a été lauréate des bourses Palladio 2022. Elle a pu dérouler dans cet article quelques éléments de sa recherche post doctorale sur les « valeurs des fonciers non aménagés » menée à la Chaire Aménager le Grand Paris et au LATTS – Laboratoire Techniques, Territoires et Sociétés avec Taoufik Souami et Marie Llorente, co-auteur.rices de cet article.
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